Titre abscons qui mérite quelques explications. Vous n'imaginez pas les kilomètres et les kilomètres d'archives et de boîtes dont regorgent les centre d'archives. Les registres d'état civil et paroissiaux, les recensements, passent encore, mais ce n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan de paperasse produite de manière exponentielle depuis 1945.

 

Ah les marchés publics, les dossiers de personnel, les permis de construire, les circulaires, formulaires, dossiers administratifs et autres documents comptables... Et pour conserver tout ça, il en faut des mètres de rayonnages et d'étagères. D'où l'utilité d'avoir recours à ce qu'on appelle les rayonnages mobiles : des étagères roulant sur des rails et qui peuvent donc être compressées. Un type de structure qui nécessite des précautions d'installation : l'optimisation de l'espace de rangement, et donc du nombre de boîtes stockées, induit une charge au sol beaucoup plus importante que pour de "simples" étagères fixes. Les plus : plus de métrage de rangement disponible, une circulation d'air faible entre les épis compactés qui réduit le risque de propagation d'incendie. Les moins : une manutention importante si les archives qui y sont stockées sont régulièrement communiquées (en général, on évite d'y mettre cette catégorie de document).

Et comment manipule-t-on ces étagères sur rails ? A l'aide de volant ! Enfin volant... mon quotidien me fait découvrir une étonnante évolution de la chose...

 
Rayonnage mobile, magasin d'archives

 

Rayonnage mobile, magasin d'archives

Rayonnage mobile, magasin d'archives

 


A manoeuvrer quotidiennement la "poignée" de gauche, on en bénirait presque l'inventeur de la roue. Et vous savez quoi ? aujourd'hui ils ont même inventé les freins ! Oui, pour éviter tout meurtre d'archiviste écrasé entre deux épis de registres du XVIIIème siècle (le cauchemar...).

Et voilà, ça me tombe dessus au "mauvais" moment (je suis sur 36 trucs en même temps) ! Mais ce serait malvenu de ma part de m'en plaindre... Les Archives départementales des Côtes d'Armor, parmi les pionniers en matière de numérisation de registres paroissiaux, ont mis leur état civil en ligne. Alleluia !

Tout avait super bien commencé hier matin avec un collègue - Fred, pour ne pas le nommer - qui m'a déniché à l'insu de son plein gré un acte de mariage sur lequel je bloquais depuis deux ans : Joseph LE FLEM et Marie LE LAOUENAN, baptisée parfois également LANVENAN. J'avais épluché Pontrieux, La Roche Derrien (où sont nés les deux premiers fils)... mais pas Plouguiel, dont ils sont tous deux originaires, un beau jour (ou pas) d'octobre 1790...

Pour ceux qui seraient frustrés par mon post hyper court, direction le blog Geneanet ! (bah oui, j'ai toute une tribu de Le Flem à retrouver moi)

Archives départementales des Côtes-d'Armor

Il y a les soldats, tués au front (voir Transcriptions, acte I), et les marins, morts lors de sorties de pêche.

Registres de Mesquer (Loire-Atlantique). Extrait du registre des actes de décès de la ville de Rochefort, département de la Charente-Inférieure. Décès de Pierre Marie GUIODO.

L'an 1825, le 2 du mois de novembre sur les 11 heures du matin par devant nous Quentin François REULOS, adjoint délégué, officier de l'état civil de la commune de Rochefort, canton d'idem, département de la Charente-inférieure, sont comparus M. Louis MASSAU WALLINGUIN, courtier, âgé de 35 ans, demeurant à Rochefort qui a dit être ami du défunt et M. Pierre Marie ALBERT, capitaine marchand, âgé de 28 ans, demeurant à Rochefort, qui a dit être ami du défunt, lesquels ont déclaré que Pierre Marie GUIODO, marin, embarqué sur le chasse-marée Marie Françoise du Croisic, est décédé hier à 4 heures du soir dans le port royal et a été porté à l'hôpital Saint Charles de cette ville de Rochefort pour y être inhumé, âgé de 30 ans, né à Mesquer département de la Loire-inférieure, de son vivant fils de Nicolas GUIODO, marin, et de Marie PIHOUR, et ont les déclarants signé avec nous le présent acte, après que lecture leur en a été faite. Signé au registre Albert, Massau Wallinguin et Reulos adjoint. Pour copie conforme au registre, le maire chevalier de St Louis.

Le souci, c'est quand il n'y a pas de corps : "disparu en mer"... On a beau guetter dans les registres les transcriptions de jugement de décès, parfois des années après la disparition, mais il arrive de faire chou blanc : pour Jacques CLÉMENT, "disparu en mer" avant 1803 (domicilié à Riantec) ou Nicolas GUYODO, mort d'après l'acte de mariage de sa fille en l'an VII à Mesquer, les registres restent désespérément muets...

Pour pouvoir éventuellement se remarier, les veuves doivent justifier de leur veuvage, et pour ce faire, avoir recours à un acte de notoriété auprès d'un juge de paix ou d'un notaire. Une autre possibilité d'avoir plus de plus amples détails sur les circonstances de la disparition, comme en témoigne l'acte de notoriété concernant le décès de René BORDENER, an XI.

Source

Après les transcriptions de militaires (voir Transcriptions, acte I) ou de marins (voir Transcriptions, acte II) décédés en service, une transcription de minute du greffe en guise d'acte de naissance, ça arrive !

Extrait des minutes du greffe du tribunal civil de l'arrondissement de Quimper, département du Finistère. Audience tenue par le tribunal de première instance séant à Quimper, chambre civile, le 5 décembre 1814.

Maître Le Berre avoué de Marie Anne NICOLAS, veuve de Jacques LE CLEAC'H, journalière demeurant au port du Guilvinec [...] a dit que du mariage de la dite Marie Anne NICOLAS et de feu Jacques LE CLEAC'H sont nés deux enfants mâles savoir Étienne LE CLEAC'H le 30 janvier 1793 et Jacques LE CLEAC'H le 27 janvier 1796 les deux au dit port du Guilvinec mais que les registres de l'état civil de la commune de Plomeur n'existant plus pour les dites années 1793 et 1796 ni au Greffe du tribunal, les parties ont présenté requête tendante à ce qu'il fut permis de présenter des témoins pour prouver la naissance du dit Etienne LE CLEAC'H et Jacques LE CLEAC'H fils desdits époux ci-dessus, et être ordonné [?] de la dite preuve que le jugement à intervenir tiendrait lieu d'actes de naissances des dits Étienne et Jacques LE CLEAC'H frères, que par ordonnance du 2 de ce mois de Monsieur le président, enregistrée à Quimper le même jour il a été permis de produit des témoins, au dessus de quoi le dit Maïtre Le Berre au dit Nous a requis qu'ils fussent entendus. 

L'officier public qui a recopié l'acte s'est un peu emmêlé les pinceaux dans sa retranscription, répétant et intervertissant quelques lignes. Et moi j'ai également fait le travail à moitié en oubliant de photographier la toute fin de l'acte.

Jacques LE CLEAC'H naît donc au Guilvinec - alors commune de Plomeur - au début de l'année 1796. Deux ans plus tard, deux frères jumeaux, Jean et Michel, viendront compléter la nombreuse progéniture de Jacques Tudy LE CLEAC'H et de Marie Anne NICOLAS. Le marin bigouden a épousé la jeune crozonnaise (elle avait 16 ans, lui 28) quartier de Recouvrance à Brest. Malheureusement Jacques LE CLEAC'H meurt le 21 vendémiaire an VII sur le vaisseau amiral Le Hoche, capturé par les anglais et Marie NICOLAS se retrouve à 30 ans veuve avec huit enfants à charge. Elle ne se remariera pas et s'éteindra trois décennies plus tard, à l'âge de 63 ans.

Sources

  • Mairie de Plomeur, registre d'état civil

Il y a les décès "classiques" : "Le ..., par devant nous ... sont comparus monsieur Untel et monsieur Untel, lesquels nous ont déclaré que le ... à telle heure, monsieur X, fils de XY et de XX est décédé à ..." (voir l'acte de décès de Joseph GALLERY). Parfois quelques informations peu communes viennent briser ce cadre convenu des actes de décès, comme le lieu ("sur le quai n°6") dans celui de Marie Jeanne LE MAREC.

Et il y a les actes transcrits. Lorsqu'une personne décédait en dehors de sa commune de résidence, une transcription du décès était expédiée dans la dite commune et recopiée dans le registre. Il n'est pas rare que plusieurs mois s'écoulent entre la date de l'acte original et sa copie. Les cas les plus connus de transcription d'actes de décès sont sans doute ceux des soldats morts au front, et notamment ceux dont le décès porte la mention "Mort pour la France" (créée en 1915). Les renseignements fournis sont alors beaucoup plus riches que ceux des actes habituels (vie militaire, régiment, lieu de combat, blessures...). Voici un exemple de transcription - non pas de la Première Guerre mondiale, mais de la guerre franco-prussienne de 1870-1871.