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Comme toute personne utilisant énormément Internet pour tout et n'importe quoi, tant pour le boulot que pour le reste, j'utilise beaucoup Wikipédia, pour de l'information rapide et efficace :
  • > en majeure partie des notices consacrées aux communes et les listes de communes par département,
  • > celles consacrées à des personnalités,
  • > dans une moindre mesure les articles sur des événements historiques pour avoir un panorama rapide des faits et des protagonistes,
  • > et souvent sur ce blog dans les liens complémentaires.
L'institution culturelle publique dans laquelle je travaille - un service d'archives départementales, donc bien ancré sur un territoire, diffuse et valorise par le biais d'Internet de nombreuses ressources historiques et documentaires, notamment grâce à un moteur de recherche transversal, un gros travail sur les catalogues, les inventaires et l'indexation (au sens archivistique du terme : mettre des mots-clés).
L'idée a donc germé de mettre, sur les articles communes Wikipédia du département, deux à trois liens externes vers :
  • > les résultats d'une recherche avancée sur le nom de la commune, le tout dynamique au fur et à mesure des mises à jour des catalogues et inventaires et de l'iconographie numérisée > exemple Luçon
  • >l'inventaire des archives communales (avec notamment les délibérations et arrêtés en partie numérisés accessibles depuis l'inventaire, soit le coeur et le cerveau d'une commune, qui concerne avec les monuments THE source incontournable pour une commune, bref, ce qu'on trouve dans) > exemple La Chaize-le-Vicomte . Les délibérations municipales, pour ceux qui l'ignorent, portent aussi bien sur l'activité économique, les écoles, les rues, les monuments, etc. d'une commune. En gros ce qu'on trouve (ou pas, faute d'être renseigné) sur une notice Commune Wikipédia.
  • >la notice du dictionnaire des communes correspondante > exemple Vix (bon celui-ci... il est "discutable" car c'est un concurrent direct, mais scientifique).
Bref, des sources, originales, fiables, gratuites, en partie accessibles sur Internet, le genre de choses qui ne pullulent pas partout sur la toile. Pas de contenu rajouté, parce que dans ce cas-là on refait toutes les fiches communes, et ce n'est pas le but, mais un lien direct vers des sources scientifiquement incontournables (mais rarement utilisées sur Wikipédia) pour remplir les dites fiches. Sources souvent méconnues qui plus est.
Et puis, comme le dit si bien Wikipedia, "il est souhaitable de lier les articles, dans la mesure du possible, vers : [...] des sites institutionnels (bibliothèques, universités, centres de recherche, etc.) ; [...] des sites de spécialistes qualifiés".
Armée d'une souris, de deux fenêtres sur un écran 1024 (sportif) et parée pour une séance de clics, Ctrl+C, Ctrl+V, clics, Prévisualiser, j'attaque la chose. Ayant déjà modestement (pour le moment) contribué à un wiki communautaire, je connais la bête.
Une grosse cinquantaine de communes et quelques heures plus tard, la patrouille me tombe dessus. Oui des modifications en masse, vers un même site (mais avec des urls précises différentes), d'une même adresse IP, ça passe difficilement inaperçu. Discussion totalement stérile, d'où il ressort en gros que la charte, c'est un peu à la tête du client.

En gros à la place de ceci,

Cezais v1

on avait ceci (un énorme annuaire de liens, c'est clair...). Vu comme ça, ça fait un peu borné archives, histoire, mais qu'est-ce qui fait le plus gros du contenu d'un article sur une commune sur Wikipédia ? l'histoire et les monuments...

Cezais ex v2

Bilan du dialogue de sourds :
  • >  en un gros quart d'heure, il a effacé ma demie journée de travail ;
  • > La Caillère-Saint-Hilaire gardera ses deux supers liens externes :
    • - un lien vers une page commerciale (si si ! comme beaucoup de notices Communes de Wikipédia) : une page (archivée en plus) de l'Institut géographique national... qui en bas de page propose des cartes à acheter. No comment.
    • - un lien vers une magnifique page personnelle. Pour le respect de la charte Wikipédia, on repassera.
  • > La Chapelle-Palluau, bah n'aura toujours pas de lien externe.
  • > Chavagnes-en-Paillers gardera ses 4 liens externes dont deux vers des établissements scolaires (aussi essentiels que les miens non ?). Wikipédia n'est pas un annuaire de liens, mais pas pour tout le monde.
  • > les deux ou trois liens vers des sites officiels de communes manquants que j'avais gentillement bravement rajouté ont été bloqués dans le lot, tant pis pour eux.
En gros, pour passer à travers la patrouille, il faudrait mobiliser une dizaine de personnes, que chacun modifie à dose homéopathique une ou deux fiches, de son poste, et de chez soi... Chouette !
Contribuez, qu'ils disaient...
Ca pose tout de même une sérieuse question : un service d'archives (ou plus généralement une institution culturelle publique) a-t-il un réel intérêt à y mettre le pied ? Sachant que ça prend du temps, que l'investissement peut être réduit à néant en deux clics par un modérateur (ça arrive à d'autres et certains échos du web sur la "modération" ne sont pas très flatteurs...). Et surtout que les wiki territoriaux émergent (voir par exemple l'article de La Gazette des Communes, sur le Wiki-Brest)
Oui mais Wikipédia c'est super pratique !
Certes, mais on peut aussi parfois réduire la voilure. La routine pratique, ça se change, parfois, et ça fait du bien...
  • > les listes de communes par département (toujours le Morbihan), et les fiches communes, on en trouve aussi sur Généawiki par exemple
  • > les données de population : il suffit de remonter à la source de Wikipédia, sur l'INSEE (données actuelles) ou sur Cassini pour des données plus anciennes
  • > les personnalités, euh... là ça peut partir dans tous les sens... je n'ai pas dit ne plus utiliser Wikipédia !
  • > et il y a les wiki communautaires et territoriaux qui se développent (il faut savoir qu'ils existent...) : Wiki-BrestWiki-RennesGeneawiki, etc.
Au fait si une bonne âme veut corriger l'article sur la loi Duruy qui dit des bêtises, je comptais le faire (j'ai le Journal officiel de 1867 sous la main) mais je ne peux plus, j'ai piscine plus important : transférer mes liens (ce que je comptais faire dans un second temps de toute façon) sur Geneawiki où ils seront - je l'espère - bienvenus !
 
 
Ajout du 18 septembre 2013 : il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis. Un an et demi après, me voici en train d'organiser un atelier Wikipédia dans un service d'archives...

Cezais v1

on avait ceci (un énorme annuaire de liens, c'est clair...)

Cezais ex v2

Généalogie en BretagneLa généalogie et le patrimoine en Bretagne vous intéressent ?

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Et pour rester à l'affût de tout au-delà des frontières, il y a bien sûr le grand frère Le Généafil !

A l'heure où certains publient encore sur papier des pavés encyclopédiques annoncés comme LA somme des connaissances sur LE sujet - généralement LA somme dans le porte monnaie et LE poids lors d'un déménagement, les Archives départementales de la Vendée font le choix du numérique et du collaboratif.
La journée d'études La Recherche aux Archives : nouveaux outils, nouveaux publics a été l'occasion d'aborder la (nouvelle) relation archives - publics et d'inaugurer trois dictionnaires historiques collaboratifs, mis en place avec le concours de la Société d'émulation de la Vendée.

Ces outils ne sont pas des wiki : les contributeurs, formellement identifiés, saisissent les informations à l'aide de formulaires contrôlés. Les sources doivent être spécifiées, permettant à chacun de vérifier les données. Un comité de relecture enfin permet d'apporter une garantie scientifique. Chacun peut proposer sa contribution, selon ses connaissances : il n'est pas nécessaire d'avoir une fiche complète sur l'histoire d'une commune des origines à nos jours, pour avoir pouvoir participer.

  • Dictionnaire historique des communesLe Dictionnaire historique des communes propose aux internautes "une carte d’identité historique et géographique du territoire vendéen" : chaque fiche par commune est appelée à contenir aussi bien les informations administratives "traditionnelles" que tout ce qui concerne les monuments, l'histoire, la religion, l'économie, les personnalités. Un moteur de recherche permet de faire des recherches, y compris par critères. Une carte dynamique propose par ailleurs de cartographier certaines recherches : pratique lorsque l'on cherche un rattachement cantonal pendant la période révolutionnaire... Pour l'instant, seules les informations "de base" (rattachements administratifs ou religieux, première mention historique de la paroisse, etc.) sont intégrées, mais les contributeurs sont déjà à l'oeuvre...

Retour sur la journée d'études La Recherche aux Archives : nouveaux outils, nouveaux publics organisée par les Archives départementales de la Vendée le 29 novembre 2011. L'amphithéâtre de 400 places était plein, les outils présentés ont été bien accueillis, les gens étaient contents... et le livetweet de la journée a été prolifique : version Twitter (tant qu'elle est accessible) ou version archivée (déformation professionnelle).

La matinée a été l'occasion d'une table ronde sur la recherche sur les personnes, et la recherche sur les territoires. Ma casquette d'archiviste au vestiaire, je participais à la première avec ma casquette de "généalogiste spécialiste des nouvelles technologies", aux côtés de J. Hussenet et J. Artarit, contributeurs du Dictionnaire des Vendéens, de F.-X. Brochard et D. Pénisson pour Noms de Vendée, le tout sous la houlette de P. Moirez (alias Archives Masala) qui veillait au grain (du sablier).

Cinq minutes de paroles étant trop court pour faire un support de présentation, voici en quelques lignes mon propos sur la généalogie en ligne aujourd'hui.

 

Ce n'est pas forcément l'article que je souhaitais faire sur la question, et ce ne sera peut-être pas le seul, mais il est des lectures certains jours qui ont l'effet de la goutte d'eau de trop. Internet est un formidable outil... pour tous les usages. Y compris les campagnes de communication qui fleurissent sous couvert de bonnes intentions, d'expressions à la mode, de désinformations et de fantasmes galvaudés. Au hasard : généalogie, open-data et archives-qui-nous-cachent-des-choses.

Des articles suspects apparaissent par vagues sur le web. Il y est question en vrac et dans le bon ordre - le hasard sans doute :

  • de l'engouement des Français pour la généalogie, cette "passion française", s'appuyant sur une enquête Ipsos de mars 2010 faite à la demande de genealogie.com
  • d'open data et du jugement du tribunal administratif du Cantal
  • de la réticence et du blocage de professionnels cachottiers et conservateurs

 

Petit florilège de cette délicieuse campagne de désinformation.

 

"Finalement, grâce à ce qui sera pour la première fois possible dans le département de Vincent Descoeur [Cantal], finis les frais de camping-car et les kilomètres pour se rendre sur place là où ses ancêtres sont nés et morts : tout sera possible à moindre coût en ligne et à portée de clics !"

L'état civil du Cantal est en ligne depuis septembre 2008, mais ce n'est peut-être pas important...

"Dans le futur, certains sites Internet pourront donc proposer de rechercher en quelques clics ses ancêtres depuis 1539 et l'édit de Villers-Cotterêts."

Une petite recherche sur Google des mots "archives en ligne" aurait suffi à l'auteur pour accéder à l'un des quelques soixante départements qui ont mis des archives numérisées en ligne (voir la carte)... Et puis 1539, ils sont présomptueux...

Je vous recommande donc la lecture de ces quelques non-articles (l'ordre importe peu, le contenu est similaire) :

Naturellement, les dates concomittentes ne sont qu'une simple coïncidence. Le 16 septembre, un nouvel article a été publié sur la plateforme Débats des Echos, par un illustre inconnu : La généalogie, une passion française à l'heure d'Internet. Premier d'une nouvelle offensive ? Naturellement, le fait que Google soit muet sur le nom de ce "consultant en ingénierie informatique et grand passionné des usages numériques du culturel et du patrimonial" est tout à fait normal. Le fait qu'il se soit inscrit le jour précis où il a rédigé cet article est également une coïncidence. L'agitation du spectre "mormon" en conclusion serait à mourir de rire si les enjeux du sujets n'étaient pas importants.

Les enjeux ? En vrac la remise en cause d'un long travail de numérisation et de mise à disposition du public de nombreuses ressources patrimoniales par des services culturels publics (sur des fonds publics), la mise en place par le secteur privé de bases de données nationales nominatives, la monétisation de données qui aujourd'hui sont gratuitement accessibles à toutes et à tous, la prise en tenaille des associations entre le marteau des sociétés privées et l'enclume des licences de réutilisation. Et j'en passe.

Certes professionnels, généalogistes et adeptes des archives savent que la situation réelle n'est pas celle décrite. Néanmoins ce genre de campagne de désinformation et de lobbying est trop téléguidée pour être innocente. Et le fait que le directeur général d'une grosse société de généalogie soit membre d'un groupe de travail du Conseil national du numérique sur l'open-data est sans doute le fruit du hasard...

Difficile de dormir sur ses deux oreilles quand on voit comment on s'occupe de nous.

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