Ou la perception de la date de sa naissance.

Durant la majeure partie du XIXe siècle, le recrutement militaire se fait sur tirage au sort. Les jeunes gens de 20 ans doivent se faire recenser à la mairie de leur domicile. Dans la sous-série 1 H des Archives de Rennes, on trouve des nombreuses lettres de conscrits écrites au maire pour tirer au sort à leur place ou s'informer du résultat du tirage. En lisant les quelques lignes, un point commun ressort fréquemment : la date de naissance, plus ou moins connue... Extraits.

 

Etant du tirage cette année je vous écris pour vous prévenir d'avoir la complaisance de tirer mon n° pour moi. je suis né à Rennes l'année 1838 le 12 août (du moins je pense que c'est le 12) sous le nom de Frédéric Emile Thomas. Mon père s'appelle Louis Marie Thomas et ma mère Julie Garnier. Mes parents demeurent à Granville, mais moi je suis employé à Paris. Comme je suis pour peu de temps ici, je n'ai pas été me faire inscrire. Désirant tirer mon n° à Rennes, je vous prie monsieur le Maire d'avoir la bonté de me faire savoir le plus tôt possible si vous m'avez inscrit.

Louis Marie Thomas [1859]

AMR - 1 H 62 

 

Monsieur le Maire je vous écrit cette lettre pour vous prier d'avoir la bonté de me faire inscrire sur les cahier de la conscription car Monsieur j'ai écrit à mes parents et je n'ai pas eu de réponse probable qu'il n'ont pas reçu la lettre. Monsieur je suis natif de Rennes faubourg St Helier année de 1826 7 ou 8 janvier. Monsieur j'abite Brest depuis 2 années environ peintre en batiment. Monsieur le Maire je serais bien aise s'il était possible que l'on me tire mon numereau Monsieur je serais contant et je vous remercirais mille fois si vous pouviez mecrire une petite lettre je ne serais plus inquiet. Je travaille chez monsieur Normand maître peintre rue de la Rampe à Brest. Monsieur je suis votre dévoué serviteur.
Jean Marie Ciroux [1846]

 

Je me nomme Thomas Bazin, natif de Rennes (Ille-et-Vilaine). Je crois être né en 1825 le 1er octobre.

Thomas Bazin [1846]

 

Croyant faire partie de la classe, pour le tirage prochain, et ne pouvant me transporter sur les lieux pour me faire inscrire, ni pour tirer, je vous prie donc d'avoir la bonté de me porter sur la liste, et de tirer vous même pour moi. Je dois être porté sur les extraits de naissance comme (Pierre) ou Victor Ciroux, commune de St Allier. Je vous prie d'avoir la bonté de me rendre réponse de la présente, lorsque j'aurai subi le sort et de me dire le numero qui me sera echu. Je n'ai aucune réclamation et point d'infirmité (ou du moins je les ignore) qui puisse m'empecher de service. Le bonjour à mon père.
Victor Ciroux
Mon adresse : chez monsieur Quimard, rue du Cherche midi n°79

 

Le sieur Julien Jean Mari Tuloup, né à votre ville et baptisé a l'eglise Saint Sauveur, et comme il y a viron 7 ans qu'il est parti de cette ville, il vous prie bien d'avoir la bonté de lui donner des renseignemens sur son âge, pour savoir sil se trouve pas de la conscription cette année, et comme je ne suis pas certain de mon âge, je vous prie bien Monsieur de m'en donner connaissance aussitôt la presente reçue, pour que je ne puisse pas me trouver inquiété pour le service militaire [...]
Sieur Tuloup, ouvrier serrurier chez Mrs Lambert et Berranger, constructeur dydroliques a Bondeville les Rouen Seine Inférieure [1842]

 

Pensent être du tirage de la classe de 1841, je vous prie d'avoir la complaisance de me faire porter sur les listes des jeunes gens de cette classe.
Mon nom est Julien Joseph Touin, cordonnier, fil de Guillaume Touin, cordonnier et de Julie Valée, né au Pont St Martin, paroisse de St Aubin, je pense avoir ut mes vingt an aux mois d'octobre dernier [1841]

 

Sources et liens

Durant la majeure partie du XIXe siècle, le recrutement militaire se fait sur tirage au sort. Les jeunes gens de 20 ans doivent se faire recenser à la mairie de leur domicile. On trouve dans la sous-série 1 H des Archives de Rennes de nombreuses lettres de conscrits qui écrivent au maire pour tirer au sort à leur place ou s'informer du résultat du tirage. Entre les lignes se dessinent plutôt discrètes des histoires de famille, aussi compliquées qu'aujourd'hui. Extraits.

 

En réponse à votre honorée du 18 du courant, je m'empresse de vous donner les détails que vous me faites l'honneur de me demander. Mon frère est mort à Rennes en 1842 ou 1843 au mois d'octobre. Ma mère s'est remariée à Paris, et nous a abandonnés, je ne sais ce qu'elle est devenue. Je suis à Mont-marte, banlieue de Paris avec ma pauvre grand-mère dont j'ai soin, elle a 85 ans et par conséquent je ne dois pas la laisser dans l'abandon et en dépit du peu de gain de mon travail, je fais mon devoir
Vous pouvez donc, Monsieur le Maire, envoyer avec toute sûreté mon acte de naissance à Mr le Maire de Mont-Martre, qui m'en fera part. [...]
Olivier Joseph, rue de la Nation n°13 à Mont-martre chez Mr Jouin [1857]

 

J'ai hâte de vous faire connaître que devant atteindre l'âge de 21 ans le 28 avril prochain, je fais partie des conscrits pour l'année 1859. Natif de Rennes d'où je suis parti par suite de mésintelligence avec ma famille, j'y ai laissé Jean Marie Cosnier et Julienne Brillant mes père et mère, mon père exerçant la profession de boulanger, profession que j'ai adoptée et que j'exerce en qualité d'ouvrier chez M. Gandon Me boulanger rue Basse 45 au Mans (ancienne boulangerie Cordelet). Comme il me serait difficile de m'absenter et qu'aussi il me répugne de charger mon père de tirer pour moi au sort, ce à quoi il pourrait se refuser, je vous serai, Monsieur le Maire, très reconnaissant de vouloir bien tirer au sort pour moi, vous donnant par cette présente toute autorisation requise en pareille circonstance.
Veuillez agréer, Monsieur Le Maire, le profond respect de votre très humble serviteur.
Jean Marie Mathurin Cosnier [1853]

 

Je vous écris au regret de ma mère qui habitte dans votre ville. Je m'en suis venu pour le tirage qui a eu lieu vendredi dernier douze du couran à Josselin ; étant arrivé les autorités m'ont dit que je devais tirer ou était le domicile de ma mère. Je lui ai écris aussitôt pour savoir si l'on avait tiré pour moi ou pas, mais elle ne me répond rien à ce sujet. Je vous prie Monsieur de vouloir bien la faire interoger pour savoir ci l'on à ou si on a pas tiré pour moi. Sa résidence était il y a huit mois faubourg Fouger n°17 ses noms et prenoms sont Marie Madelaine Gicquel Vve Rouillé Pierre Marie de Josselin.
Rouillé Prudent, chez monsieur Gicquel chaudronier à Josselin faubourg St Croix Morbihan [1847]

 

J'ai écris à mon père il y a une quinzaine de jours pour qu'il me fasse inscrire mais comme c'était la première lettre de ma vie que je lui écrivais et qu'il ne m'a pas fait réponse je crains qu'il n'en est tenu compte, et qu'il l'ait regardée comme nulle, c'est pour cela monsieur que je prends la liberté de vous écrire, ne pouvant m'adresser qu'a vous.

Aussitôt que vous aurez reçu ma lettre, ayez donc la complaisance de m'écrire afin que je sois sur que je suis inscris, et que je sois tranquille à ce sujet.
Dans l'espérance de votre aiamable réponse [...]
Paul Avennelle
PS : voici mon adresse Paul Avennelle employé, rue Quincampoix n°37 à Paris [1845]

 AMR, 1 H 62

Croyant faire partie de la classe, pour le tirage prochain, et ne pouvant me transporter sur les lieux pour me faire inscrire, ni pour tirer, je vous prie donc d'avoir la bonté de me porter sur la liste, et de tirer vous même pour moi. Je dois être porté sur les extraits de naissance comme (Pierre) ou Victor Ciroux, commune de St Allier. Je vous prie d'avoir la bonté de me rendre réponse de la présente, lorsque j'aurai subi le sort et de me dire le numero qui me sera echu. Je n'ai aucune réclamation et point d'infirmité (ou du moins je les ignore) qui puisse m'empecher de service. Le bonjour à mon père.
Victor Ciroux
Mon adresse : chez monsieur Quimard, rue du Cherche midi n°79

 

Etant la mère de Chicot Jean Baptiste François (fils naturel) né en 1820 à Rennes ayant du satisfaire à la conscription cette année, et n'en n'ayant pas entendu parler depuis quatre ans, je viens vous prier d'avoir la bonté de me dire si mon fils a tiré à Rennes et s'il n'a pas été pris, enfin où je pourrais le trouver ce faisant vous obligeriez
votre très humble servante
Marguerite Chicot [1841]

 

Sources et liens

Quelle est la probabilité, lors d'une journée de travail ordinaire, de tomber sur un document assemblant de manière totalement inattendue trois lieux qui font un écho à sa vie personnelle ? Certes, quand on est archiviste et qu'on a les mains dans les vieux papiers, la probabilité peut augmenter légèrement... Mais il y a des limites au hasard !

Tout ça à cause d'une innocente et malheureuse lettre qui n'était pas épinglée aux deux pièces suivantes, comme l'étaient pourtant ses cogénères de la liasse. Alors il a fallu y jeter un oeil, la lire en diagonale, afin de la rattacher au bon endroit (non je n'ai pas remis d'épingle rouillée). Aïe, en plein milieu de la diagonale, un lieu-dit a fait tilt, j'ai cru rêver, j'ai dû relire, me pincer, et admettre page suivante que le nom de la commune était bien celui supposé.

Ces trois lieux donc :

- A : un village de quelques dizaines d'habitants, situé aux confins du Finistère. Lesneut, en Plozévet (Finistère) ;

- B : un département où j'ai travaillé deux ans (300 km plus au Sud-Est de A). La Vendée, ou plus précisément La Meilleraie[-Tillay] ;

- C : la commune où je vis et travaille désormais (distant de quelques 250 km à l'Est de A, et presque 200 km de B). Rennes.

 

BDIC AFF 012697

Contexte* : Jean Requin, 1 mètre 56, châtain aux yeux bleus, bouche et nez moyens, menton rond, visage ovale. Né en 1839 dans le Finistère. Terrassier. Au début de l'année 1870, il cherche à s'engager comme volontaire dans l'armée. Or il lui faut un certificat du maire, attestant de sa bonne conduite (et de son domicile). Un terrassier, ça bouge beaucoup, de chantier en chantier. Son livret d'ouvrier recense ses trajets en 1870 :

  • du 18 août 1869 au 23 mars 1870, il travaille à La Meilleraie[-Tillay)], en Vendée - le livret lui est d'ailleurs fourni en Vendée ;
  • le 23 juin 1870, il se trouve à Nantes, sur les travaux du canal Pelloutier (Prairie-au-Duc) ;
  • le 15 septembre 1870, il était employé Vergat, à Thury-Harcourt (Calvados).

Et le 25 novembre, on le retrouve donc à Rennes, où il s'engage officiellement le 25 novembre 1870. Entre-temps, la guerre a été déclarée et l'aigle renversé.

Et cette innocente et malheureuse lettre qui m'a tapé dans l'oeil ? C'est une lettre attendrissante de sa mère, écrite le 22 janvier 1870, à "Kergrois" (très probablement le village de Kergroas, Plozévet, même s'il y a plein de "Kergrois" dans le Finistère). L' écriture n'est pas aussi hésitante que ce à quoi on pourrait s'attendre de la part d'une semble-t-il cultivatrice, voire métayère ; l'orthographe par contre est assez approximative et phonétique - j'aime particulière l'emploi de "ongle" en lieu et place de "oncle".

 

Mon cher fils

Je vous demande encore d'avoir retardé de vous écrire. J'ai été plusieurs fois à la mairie pour vous avoir un certificat et le maire il ma dit quil ne peu pas vous donner parce que il y a tronp longtemps depuis que vous estre parti de la commune mais vous pouvez vous à dressé à Monsieur le maire de la commune de Meillerais [La Meilleraie, Vendée] et il vous donnerait un certificat et vous pouverait venir à la maison.
Mon cher fils je vous dit que nous porton tout bien pour le moment
Je désir de tout mon coeur vous trouvez de même. Les domestique chez nous on jusque 200 frans. Votre frère Yves est à Lesneut chez Jean Maréchal il a 90 francs àvec ces linge. Votre soeur Janne est àvec nous. Je vous dirait que nous restons plus à Kergrois car Baptiste Ponchoux il veu tout louer ses terre et fait trous[corné] prix pour nous si vous venait à la maison nous pourons peutre resté. Votre ongle [sic] Philibert il va  demeurait à Penmard [Penmarc'h] pour la St Michel pour la pêche.
Ainsi je vous pri dy alait chez Monsieur le maire de Maillerais pour lui prie de vous donner un certificat. Si vous ne pouvait pas écrivait moi de souite et le maire de Plozévet sera è près quio faire.
Il y a 3 mois depuis vous ettes dans cette commune il ne vous refuserait pas
Votre cousin Allain Ponchoux de Kervrien est mort aujourd'hy
Votre ongle Baptiste est present qu'ant on fait la lettre il vous fait bien des compliment
Je fini ma lettre en vous embrassant de tout mon coeur
votre mère Anne Betton
Ecrivait moi de suite pour savoir quel reponse vous aurait eu de Mr le maire de Maillerait

Les archives, parfois c'est vraiment n'importe quoi...

Et le pire dans tout ça ? Impossible de trouver une quelconque naissance de Jean Requin sur le Finistère (pourtant bien pourvu en matière de relevés généalogiques), ou un couple Pascal Requin et Anne Betton (les parents). En ce qui concerne la commune de naissance qui figure sur les documents : Plouzanec n'existe pas, Plouzané existe bien, mais rien dans les tables (et des léonards chez les bigoudens... mouais...), si en désespoir de cause on transforme ça en Plozévet, ce qui collerait plutôt bien au contenu, les tables décennales restent muettes. Rien non plus qui ne colle dans le guide des communes des Archives départementales du Finistère.

Sources et liens

Ce jour chômé est l'occasion rêvée pour parler travail... autrefois. Qui n'a pas, en constituant son arbre généalogique, découvert des métiers disparus, cherché la signification d'une profession, souri devant une expression, voire un individu qui portait bien son nom. Comme Guillaume Quatreboeuf, par exemple ... maître boucher à Rennes en 1760.
 
Les déclarations (celle de 1736 sur la tenue des registres paroissiaux en l'occurrence) n'étant que rarement appliquées à la lettre, les registres paroissiaux sont moins diserts en matière de profession que les registres d'état civil. Pour les 19 et 20e siècle (la plupart du temps à partir 1836... sauf exception), les dénombrements de population (ou recensements) sont incontournables et permettent de compléter les vies professionnelles des ancêtres.
 
 

Les petits métiers de Paris. N°179 : [estampe] - Source: Bibliothèque nationale de France

 

Avant de l'enterrer, le prêtre lui a tiré le portrait.

Le cinquième février 1690 moy prêtre soubsigné de la Benaste ay inhumé dans le cimetière de cette paroisse un garçon de l'âge de 35 ans ou 36 ans ou environ se disant et nommant le Manceau à cause de son pays natal habitué depuis quelque temps en cette paroisse, menuisier de son métier, ne sachant ny son nom de baptême ni co nom, de moyenne taille, cheveux longs et plats et fort meslez de gris, ladite sépulture faicte en présence de vénérables et discrets messire Jan Raba prêtre dudit lieu, de Jean Lhommeau le Jeune, de Jullien Giraudet, de Pierre Drouin et plusieurs autres les tous de cette paroisse soubs le sein des soubsignez, lesdits jour et an que dessus.

En attendant je suis toujours en quête des mariages de Jan Jay et Louise Bachelier (avant 1717), et de Laurens Jay (~1672-1742) et Jeanne Lhomeau (~1655-1737) autour de La Bénâte, Saint-Jean et Saint-Etienne-de-Corcoué... qui flirtent dangereusement avec le département où je travaille...

Au fait, co nom ça existe ?!

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