On devait craindre la suite des désordres qui avaient eu lieu samedi dernier. Tout attroupement quelconque avait été défendu. Toutes les mesures que la prudence conseillait avaient été prises pour assurer l'exécution des ordres de l'autorité. Ces précautions étaient nécessaires. Un grand nombre d'étudiants en droit et en médecine se sont rassemblés hier sur la place Louis 15 et le quai d'Orsay, et y ont fait entendre de bruyantes clameurs, jusqu'à ce que la gendarmerie les ait contraints à se disperser. Une partie de cette turbulente jeunesse s'est alors dirigé vers le fauxbourg Saint Antoine. Une pareille démarche annonçait des espérances aussi coupables qu'insensées. Ceux qui l'avaient suggérée se reppelaient vraisemblablement ces jours déplorables où des habitants de ce vaste fauxbourg servaient d'auxiliaires aux factions ; mais ces souvenirs les ont étrangement trompés. La population laborieuse de cette partie de la capitale se distingue au contraire par l'amour du Roi et l'obéissance aux lois. Bien loin de favoriser les ennemis du repos public, elle a concouru à rendre les efforts impuissants. La gendarmerie les a atteints, trente cinq ont été arrêtés ; les autres se sont enfuis, et le calme a été complètement rétabli. A peine s'est-on apperçu, dans la plus grande partie de Paris, de ce qui se passait.
La gendarmerie a montré son sang froid, sa fermeté accoutumés ; les troupes appelées pour la seconder ont rivalisé de zèle et de prudence aussi, au milieu de ces scènes de désordre, pas un seul accident grave n'est à regretter."

 

 

Tel est le récit des événements parisiens faits à un maire de province "afin qu'[il soit] à même d'opposer la vérité aux détails mensongers ou exagérés qui viendraient à circuler". Méthode Coué, circulez y a rien à voir. Les raisons de ces manifestations ? Un projet de loi en discussion à la Chambre des députés. ll s'agit de donner aux plus imposés le droit de voter deux fois (le suffrage censitaire, il faut croire que ça n'était pas suffisant !) : la loi du double vote.

Tiens, ça me rappelle quelque chose...

Mais au fait, quel jour sommes-nous ? Ah oui, le 6 juin... 1820.

Tout est sous contrôle. La suite des événements ?

Un étudiant, Nicolas Lallemand, est tué par un garde royal (impossible de trouver en quelques clics la date exacte...). Des milliers (4 à 6000 personnes, selon les chiffres) suivent son cercueil jusqu'au Père Lachaise. Et la loi est votée le 30 juin 1820. Mais les foyers insurrectionnels ne s'éteignent pas...

Je suis tombée sur cette lettre cet après-midi, totalement par hasard, et j'avoue que ces clins d'oeil de l'actualité dans les archives ... j'adore !

Sources et liens

 

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