Nous sommes le 4 germinal an V de la République une et indivisible (24 mars 1797). L'église Saint Pierre de Vannes grouille de vie : elle accueille l'assemblée primaire des citoyens du canton. De tout le canton : Vannes, bien sûr, mais aussi Séné, les îles, Arradon, etc. La séance peut commencer. Au milieu de la foule, Jacques Landais, paludier de Séné.

Au perchoir, enfin ce qui tient lieu de perchoir, le citoyen Gourgerel fils termine son discours, mettant en garde la foule contre les émissaires du Roi qui tentent de s'immiscer dans les décisions des citoyens. D'ailleurs, n'y-a-til pas dans la salle des personnes non habilitées à voter et qui fausseront le scrutin final ? La foule  enthousiaste, jubile et salue le tribun d'un sonore "Vive la République !".

Tous, sauf un. Jacques Landais crie "Vive le Roi !". Stupeur (et tremblements)...

 

 
La foule gronde et se retourne vers le paludier. "Mais qu'est-ce qui lui a pris ?". "Qui a crié vive Capet ?". Impossible de se cacher. Les individus autour de lui le fusillent du regard ; sur ordre du président de l'assemblée, il est saisi par les gendarmes nationaux de Vannes et conduit fissa à la maison d'arrêt.

Deux jour après, le suspect est interrogé et quatre témoins sont auditionnés.

  • - le citoyen Boterelle père, entrepreneur d'ouvrages publics, âgé de 51 ans. Il déclare que oui, il était bien présent le vendredi précédent à l'assemblée primaire, et que juste à la fin du discours du citoyen Gourgerel fils, l'assemblée avait crié avec enthousiasme "Vive la république". Sauf le dit Landais, qui avait crié "Vive le Roi". Alors il lui demanda pourquoi ce "Vive le Roi". Et Landais de répondre qu'il ne savait pas ce qu'il fallait crier... Et qu'apparemment l'homme semblait ivre.
  • - son fils aîné Jean Marie Botherelle, second témoin, âgé de 31 ans, ancien conducteur d'ouvrages publics, fait les mêmes déclarations.
  • - troisième témoin : le citoyen Claude Billy, concierge de la maison de justice, âgé de 40 ans, déclare avoir entendu le suspect crier "Vive le Roi", cri dont ce dernier ne se souvenait plus une fois en prison.
  • - enfin dernier témoin, François Augustin Mahé de Villeneuve, président de l'administration municipale de Vannes, âgé de 45 ans. Lui aussi a entendu le cri infâme. Et aussitôt, l'un des deux citoyens Botherelle lui ayant montré le coupable, vêtu comme un paludier, il s'était écrié : "Comment misérable tu viens de proférer le cri séditieux de Vive le Roi !". Ce à quoi Jacques Landais, dont il ignorait alors le nom, lui aurait répondu qu'il ne savait pas ce qu'il fallait dire.

Le même jour, le jury de citoyens est tiré au sort : Guillaume, poëlier, Moreau, perruquier, Guyot, marchand de drap, Odin, armurier, Jamet, greffier, Thézard, horloger, Girardin, agent municipal et Housset ainé, négociant. Tous de Vannes, tous appelé à délibérer sur l'acte d'accusation rédigé le 6 germinal par Charles Louis Poupin, directeur du jury et président de la police correctionnelle, et son adjoint, le conseiller Jean Marie Laudren.

Reste à entendre le suspect, interrogatoire mené par le juge du tribunal criminel Pierre Toussaint Gaillard. En  face, Jacques Landais, 5 pieds un pouce [soit environ 1,65 m], cheveux et sourcils bruns foncés, bouche moyenne, menton rond, visage ovale.

 

Pierre Toussaint Gaillard : Veuillez décliner vos nom, prénoms, âge, profession, lieu de naissance et de demeure.

Jacques Landais : Jacques Landais, âgé de 43 ans, paludier de Séné.

P. - T. G. : Etiez vous à Vannes le 4 du présent ?

J. L. : Oui, j'y étais

P. - T. G. : Quel motif vous y avait amené ?

J. L. : J'étais venu à l'assemblée primaire parce qu'on avait dit dans le pays qu'il fallait que tout le monde s'y rendit.

P. - T. G. : Savez vous quel etait le but de cette assemblée ?

J. L. : Je l'ignorais

P. - T. G. : N'auriez vous pas été menacé dans le cas où vous eussiez fait difficulté de vous y rendre ?

J. L. : Non, mais on avait dit qu'il fallait que tout le monde s'y rendit, et que plus il y en aurait, ce serait de tant mieux.

P. - T. G. : Ne vous ajouta-t-on point qu'il ne fallait nommer dans cette assemblée que des individus qu'on vous désignait ?

J. L. : On ne me donna pas ce conseil, mais le nommé Mathurin pêcheur du village de Montcera dont j'ignore le nom de famille me remit une liste qui contenait quatorze a quinze noms.

P. - T. G. : N'avez-vous pas dans l'assemblée primaire poussé le cri de Vive le Roy dans le moment où tout le monde criait Vive la République, et votre intention n'était-elle pas d'engager toux ceux qui vous entendaient à en faire autant ?

J. L. : Je ne m'en rappelle point parce que j'étais si épris de vin, qu'on, m'assura le lendemain, qu'en entrant à la conciergerie, je me dépouillai de mes habits et demandai à être fusillé.

P. - T. G. : Ne vous seriez-vous pas ennivré exprès pour exciter une sédition dans l'assemblée et vous ménager par là une excuse dans le cas où vous n'auriez pas réussi ?

J. L. : Je n'avais certainement pas cette intention.

P. - T. G. : Etiez-vous dans l'usage de vous trouver aux assemblées primaires communales ?

J. L. : Je n'ai assisté à aucune et je ne serais pas encore venu à celle-ci, si n'y avois été engagé.

P. - T. G. : Avez-vous choisi un conseil ?

J. L. : Non

P. - T. G. : En conséquence nous lui avons en conformité de la loi désigné le citoyen Jourdan

Le verdict tombe le 29 germinal (18 avril) : il est constaté qu'un individu a crié "Vive le Roy" au milieu de l'assemblée primaire du canton de Vannes dans l'église Saint Pierre. Et que le paludier de Séné Jacques Landais est convaincu d'être l'auteur de ce cri.

L'a-t-il fait méchamment et à dessein de provoquer l'établissement de tout autre gouvernement que celui établi par la constitution de l'an III ?

Le jury répond Non.

Sa tête est sauve. Jacques Landais, fils de Louis et d'Olive Bourdic, époux de Marie Le Calo, peut retourner à son marais.

Pour celles et ceux qui auraient des ancêtres morbihannais, sachez qu'il existe en salle de lecture une liste alphabétique des affaires traitées par le tribunal criminel révolutionnaire, et les cotes des dossiers correspondantes. On y trouve de tout : des vols, des infanticides, ou des bêtises d'ivrogne... qui auraient pu valoir cher !

Naturellement je me suis précipitée sur mon patronyme... deux affaires... mais a priori pas de dossiers d'après la liste. Forcément, avec la chance que j'ai en ce moment... Il faudra que je demande la cote éventuellement, même s'il n'y a qu'une pièce, c'est toujours intéressant. Le dossier de Jacques Landais était bien fourni : informations (interrogatoires) des témoins, tirage au sort du jury, auditions du suspect, jugement.

 

Sources et liens

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