Trois mariages et dix-huit enfants, je trouvais ça déjà pas mal. Et j'ai vérifié à deux fois* avant d'admettre que Jacques Bourdic [sosa 256, 9e génération] avait un sérieux concurrent : Guillaume Le Reun, dit Le Jeune [sosa 664 et 728, 10ème génération]. Ou la preuve que les familles recomposées, ça ne date pas d'aujourd'hui.

De passage fin juillet dans l'Artois, un détour s'imposait par Souchez et Ablain-Saint-Nazaire, au pied de Notre-Dame-de-Lorette. Berceau de mes FLAMENT et LHERBIER (confirmé par un petit tour dans le cimetière).

 
Vue d'Ablain-Saint-Nazaire depuis Notre Dame de Lorette, juillet 2007

 
Eglise d'Ablain-Saint-Nazaire, juillet 2007
 

Cinquante mètres à peine séparent aujourd'hui les panneaux des deux communes. D'un côté la somptueuse mairie de Souchez, de l'autre l'église gothique qui s'obstine à rester debout d'Ablain.

Et au milieu coulent des rivières : la Souchez s'abreuve dans le Saint-Nazaire (qui coule à Ablain) et le Carency qui coule à... Carency.

Il y a un siècle cela n'aurait tout bonnement pas été possible.

Samedi 28 juillet, j'ai apposé mon humble signature sur le registre des mariages d'une petite commune du Pas-de-Calais, afin de certifier que le monsieur en costume qui a dit Oui d'une voix ferme était bien celui qu'il prétendait être. Etrange impression que d'entendre lire solennellement et à haute voix un acte similaire à ceux que je recherche et que je lis si souvent en silence.
Noms, prénoms, date de naissance, adresse, filiation. Puis soudain mes noms, prénom, âge, statut d'étudiante et adresse nantaise. Un hochement de tête et un sourire pour l'officier d'état-civil. Passages du Code civil sur les droits et devoirs des époux l'un envers l'autre, et envers les enfants. Et à la fin le papier blanc permettant de passer devant l'autel.

Depuis la loi du 7 décembre 1897, les femmes peuvent donc être témoins de mariage. Et sur les quatre, j'étais ce samedi l'unique "témouine", honorée d'apposer mon autographe en double au bas de l'acte.

Florilège de prénoms peu usités chez les Covez de Labuissière (à une dizaine de kilomètres de Béthune). Sachant que les principaux sont Joseph (garçons et filles) et Baptiste (garçon), j'ai également rencontré au XIXe siècle d'autres prénoms plus ou moins fréquents...

Camille COVEZ (portrait)
 

Achille - Amable - Barnabé - Bernardin - Célinie - Cordule - Euphrosine - Fidel - Fidéline - Florine - Léonide - Milforte ou Milleforte - Olympiade - Restitude - Scholastique - Séraphine - Vénérande - Vidalline

 

Quatre siècles après, il a bouclé la boucle. A l'insu de son plein gré.

Trois départements concentrent les Bourdic en France : largement en tête la Loire-Atlantique et les paludiers de Batz-sur-mer - aujourd'hui encore - puis les collines de Bourdic dans le Gard - plus vinicoles que salées. Enfin en troisième position, le Morbihan, d'où sont originaires mon arrière-grand-père et mon grand-père...


En remontant ma lignée patronymique, je me suis retrouvée au même point : le bourg de Batz

(le gros point rouge sur la carte ci-dessous).

 

Saga Bourdic, retour aux sources
 

Jusqu'au XVIIe siècle (1)
De Michel en Jacques puis Julien et de nouveau Jacques, les Bourdic sont paludiers à Batz de père en fils et filles. Ils épousent des Le Paressant et des Le Huédé. Des filles et des fils de paludiers.

XVIIIe siècle
A cheval sur le nouveau siècle, mon patriarche Jacques Bourdic meurt à 67 ans sans doute entouré de quelques-uns de ses dix-huit enfants (dont six sont morts en bas âge) et de sa troisième femme Jacquette Michel, de 28 ans sa cadette (elle est du même âge que les aînés de Jacques issus du premier mariage).

Mi XVIIIe siècle (2)
A quelques encablures de là, à Séné, les chanoines de Vannes viennent juste d'obtenir la concession du domaine royal pour y mettre en place des marais salants... Et à qui fait-on appel ? à des paludiers de la région ! (il faut sérieusement que j'aille aux AD56 dans les semaines à venir, afin d'approfondir cela sérieusement).
Certaines familles de Batz commencent alors à migrer lentement vers Séné, tout gardant des liens étroits avec le bourg qui en bateau n'est pas si éloigné... Quelques mariages de nouveaux sinagots ont lieu à Batz.
Après 1736, date à laquelle meurt le patriarche Jacques Bourdic, sa veuve Jacquette Michel et sa ribambelle de petits Bourdic garçons et filles quittent donc la presqu'île pour aller s'établir au fond du Golfe du Morbihan.
Encore et toujours paludier, Jacques Bourdic fils (1728-1790) épouse Elisabeth Le Calo à Séné en 1756.... une paludière dont la famille batzienne s'est établie à Séné dès les années 1730.
Et ainsi de suite. En l'an XI, leur fils Jacques, Jean Bourdic (1770-1820) se marie à la paludière Agnès Monfort. Ai-je besoin de m'étendre sur l'origine géographique des Monfort et des Le Duc (nom de sa mère)...

XIXe siècle
Mais la roue tourne. En 1806, Napoléon met un place un impôt sur le sel prélevé directement à la source. C'est l'heure de la reconversion. Jean, François Bourdic (1820-1873) s'engage dans les douanes. Et déménage. En 1849, il épouse Jeanne Elizano à Sarzeau (3) puis est nommé à Ploemeur, près de Lorient. Leur fils Charles Bourdic (1869-1916) sera ferblantier à Kernevel, Ploemeur. (4)

XXe siècle
Après la Grande Guerre, Jean Ernest Bourdic (1898-1963), épouse à Lorient (5) Léontine Le Livec et décide de poursuivre sa carrière dans l'armée en étant comptable militaire. Bien que les quatre enfants naissent à Lorient, la famille le suit dans ses postes successifs à Alep, Mostaganem, Casablanca, un petit retour en métropole à Mourmelon où mon grand-père fait sa communion, puis de nouveau l'Algérie, avec Blida et Maison Carré. (6)
1939, c'est la guerre. Il est mobilisé brièvement car soutien de famille. La famille est rapatriée sur Marseille en novembre 1939. Jean Bourdic qui avait passé un concours pour obtenir un emploi réservé, avait demandé un poste au syndic des gens de mer le plus près possible de sa ville natale, Lorient. En mars 1940, il arrive dans la presqu'île guérandaise, et s'installe avec sa famille au Croisic, bourg de pêcheur blotti entre Batz et la mer. (1)

Retour à la case départ. Mon grand-père est resté là-bas, s'est marié. Mon père y né. Avant de repartir pour une autre boucle...

Source