Non la généalogie ce n'est pas un toujours un beau roman, une belle histoire. S'agissant, entre bien autres choses, de la constitution d'une armée de trépassés, on se doute que ce n'est pas gai tous les jours... La généalogie, c'est même parfois carrément glauque, si l'on réfléchit deux secondes à la condition des femmes.
 
Ils se marièrent...
Pas toujours en blanc, il faut bien l'avouer. On sent parfois l'empressement poindre sous la robe de la mariée. Il suffit de compter sur ses doigts : un, deux, trois... six et des brouettes, ah, il était temps !
Mariages donc. Quelques petites statistiques d'ascendance :
 
  • Côté époux
    • 1801-1900 : 30,1 ans (sur 128 individus). Le plus jeune 17 ans, le plus âgé 63 ans. Âge médian 27,5 ans
    • 1701-1800 : 28,2 ans (sur 2037 individus). Le plus jeune a 14 ans, le plus âgé 66 ans. Âge médian 26,5 ans
  • Côté épouse
    • 1801-1900 : 26,9 ans (sur 128 individus). La plus jeune 16 ans, la plus âgée 65 ans. Âge médian : 23,5 ans.
    • 1701-1800 : 24,8 ans (1826 individus). La plus jeune 12 ans, la plus âgée 65 ans. Âge médian : un tout petit peu plus de 23 ans.
 
Et c'est là que le glauque entre en scène.
 
  • Alix Rodier, 12 ans 4 mois, mariée à un cousin issu de germain de 27 ans. Charmensac, Cantal, 1754. Sans doute une histoire de terres, à la lecture du contrat de mariage. Elle accouche à 16 ans et deux mois d'un premier enfant.
  • Marguerite Geuf, 12 ans 6 mois, mariée à Nectaire Burande, 25 ans. Saint-Nectaire, Puy-de-Dôme, 1783. [je n'ai pas encore épluché les registres pour relever tous les enfants].

Actes de baptême et de mariage à l'appui... Honnêtement ça reste un peu en travers de l'estomac. Un peu plus que deux couples de tourtereaux bretons, un peu moins jeunes. En tout cas tant que je n'ai en main que des relevés du cercle généalogique, pas les actes ni les décrets de justice, disons que je crois encore à une miracle erreur (surtout pour la seconde).

  • Marie Le Garo, 15 ans, mariée à Guillaume Volant, 18 ans. Plobannalec, Finistère, 1745.
  • Marie Anne Guenadoux, 12 ans 10 mois, mariée à Jean Le Corre, 22 ans. Plomelin, Finistère, 1752.
Des gamines qui se marient avec de jeunes hommes... Et des jeunes femmes qui épousent... disons des presques vieillards (selon les canons de l'époque).
 
  • Jacquette Michel, 22 ans, épouse en 1721 Jacques Bourdic, frais paludier de... 52 ans, veuf à deux reprises, 14 enfants (et grand-père six mois après son troisième mariage). Le Croisic, Loire-Atlantique. Ceci dit, il était plus que temps : 3 mois plus tard, Pierre (le 15e enfant sur les 18 du papa) pointe le bout de son nez.
Oui, quand souvent parfois la mère meurt faiblit, une autre fait la nourrice prend la relève. Et on remet ça !

 

Chose admirable d'une femme porter vingt enfans vifs - Oeuvres © BIU Santé, Paris

 

... vécurent heureux (plus ou moins) ...
Ca me rappelle la sympathique métaphore d'une non-information qui a récemment pollué ma veille généalogique. Le fils français d'Hitler est-il le fils de son père. Sur le sujet, c'est selon, on préfèrera l'article de Marianne 2 ou le premier de la flopée de faux buzz, Le Point : "Un soir de juin 1917, revenant un peu éméché d'une soirée avec un ami, il se fait très entreprenant auprès de Charlotte. En mars de l'année suivante naît un fils". Très entreprenant, mais bien sûr...
Les violences faites aux femmes, ça ne date pas d'aujourd'hui. Pas toujours identifiables aujourd'hui, autant dire que c'est difficile de les appréhender dans les sources.. Les filles-mères par exemple : on ne sait jamais trop ce qui se cache derrière. Amourette qui ne va pas assez vite devant l'autel ? Patron, seigneur ou commun des mortels violeur ? Voire prostitution (j'avoue me poser la question pour une ancêtre marchande aux halles de Paris) ? Etant donné l'opprobre jeté sur les filles-mères, on laisse tomber l'hypothèse de la femme indépendante, aguicheuse, si répandu dans les médias (de tout temps)."Fille libre" trouve-t-on parfois dans les actes, les recensements...
Filles-mères, et bien sûr couples. Là aussi, hier comme encore aujourd'hui, c'est un peu silence radio. Il faut bien l'avouer, certaines ont accueilli comme une bouffée d'air frais le divorce révolutionnaire. Je ne sais plus dans quelle commune j'avais été surprise du nombre de divorces, y compris pour des mariés d'à peine un an !
Voir l'article de Lulu Sorcière, Jeanne à sa fenêtre.
 
... et eurent beaucoup d'enfants.
Ah ça dame oui ! Réglées comme du papier à musique les grossesses... On ne va pas le nier, c'est "génial" pour le généalogiste : ça permet de suivre les déplacements des couples. Imaginez le jeu de piste sur le long des rails pour des ancêtres cheminots, les postes des douaniers, les migrations des auvergnats vers le nord, etc.
Pour le moment, voici mon podium des mères de famille nombreuse :
 
  • Bronze ex-æquo :
    • Marie Le Garo, ca 1732-1777, de Loctudy, 12 enfants avec Guillaume Volant, en 25 ans
    • Radegonde Le Visage, 1703-1754, 12 enfants avec François Le Livec, en 24 ans.
    • Perrine Giraud, ca 1718-1799, entre Angers et Mesquer, 12 enfants avec René Pihourd de Varenne, en 25 ans.
    • Julienne Bigot, 1724-1810, entre Saint-Front (Orne) et Rennes (Ille-et-Vilaine), 12 enfants avec Robert Gallery de la Rosaire (la paternité de l'aînée n'est pas certaine, mais la maternité ne pose pas question), en 17 ans.
    • Geneviève George, 1752-1829, de Paimboeuf, puis habitant à Guérande (Loire-Atlantique), 12 enfants avec Joseph Lespine
  • Argent ex-aequo :
    • Marie Magdeleine Villedieu, 1796-1860, femme de maison puis meunière, de Mur-de-Sologne (Loir-et-Cher), 13 enfants (1 avec son premier époux, Pierre Barbou, puis 12 avec Félix Jacquelin). Le tout en 21 ans.
    • Catherine Danyel, 1701-1763, de Plomeur (Finistère), 13 enfants avec Michel Mariel, en 19 ans.
  • Or :
    • Anne Deniel, 1684-?, de Loctudy. 7 enfants avec Mathias Quenet, 8 enfants avec Laurens Volant, le tout en 24 ans.
Les fratries de mon ascendance sont pour le moment loin d'être toutes exhaustives... Mais je sais que mes ancêtres (notamment mes bretons des côtes) sont des petits joueurs : dans certaines régions, surtout rurales (en Champagne par exemple), les fratries de minimum 12 enfants sont monnaie courante... y compris au 19e et début 20e siècle ! A vue de nez, les miennes sont plutôt de l'ordre de 6 à 10 enfants au XVIIIe siècle et plutôt 5 à 8 enfants au XIXe siècle.
Infections, accouchements compliqués, nombreuses sont celles qui ne se relèvent pas de ces couches répétitives. Il suffit de jeter un oeil sur les décès de femmes jeunes, de calculer le peu de d'écart entre la date d'un baptême / naissance, et le décès. Soudain on réalise les réflexes généalogiques morbides acquis en parcourant les registres paroissiaux : les sauts, de 18 mois en 18 mois, de naissance en naissance, et lorsque l'on cherche en vain ce "baptême suivant" qui n'arrive pas, on s'arrête, on revient précipitamment au dernier baptême. Et très souvent, la sépulture de la mère est là, pas loin. Quelques lignes.
  • Françoise Aubert, 1788-1858, décédée 4 jours après la naissance de Jules
  • Gilette Colcanab, ca 1662-1704, décédée le lendemain de la naissance de François
  • Marie Jeanne Reynaud, 1728-1746, décédée à la naissance d'Alix. La mariée de 12 ans 4 mois dont il est question plus haut.
  • et toutes les autres...

 

À côté de cela, ça bossait !
 
Blanchisseuse - Aubergiste - Filandière - Paludière - Débitante de tabac - Accoucheuse - Bijoutière - Porteuse de sel - Bouchère - Cartonnière - Lingère - Gantière - Couturière - Charcutière - Dentelleuse - Epicière - Fileuse - Femme de maison - Institutrice - Fruitière - Garde malade - Marchande de fruits - Meunière - Négociante - Mercière - Pailleuse - Métayère - Vigneronne
Sur ces belles paroles et selon l'humeur, vous pouvez :

 

Sources et liens

Au milieu du registre de correspondance du général républicain Jean Antoine Rossignol, un patronyme familié trouvé parmi des prisonniers blancs... Coincée entre Cholet et Saumur, Doué-la-Fontaine change de mains. Les troupes républicaines du général Leygonier occupent la place entre avril et mai 1793, puis les Vendéens reprennent la ville. Jusqu'au 5 août 1793 : les bleus reprennent la ville. 600 tués selon la correspondance du général Rossignol, et 50 hommes prisonniers, parmi lesquels un certain  François Guitere, de Miray.
 
 
Fatigués des bruits qui se répandaient que l'armée des brigands marchait sur Saumur, et instruits que depuis trois jours ils ravagaient les campagnes voisines, nous avons voulu par un coup d'éclat sortir de cette inquiétude propre à décourager et le soldat et l'habitant des campagnes. Nous sommes partis aujourd'hui 5 [août] à 3 heures du matin, au nombre de 3000 hommes, bien déterminés à attaquer l'ennemi qui depuis trois jours, occupait des postes à deux lieues et demie de Saumur. Santerre fut chargé de garder avec 8000 hommes les hauteurs de Bornan et d'éclairer le chemin de Montreuil [Bellay] et l'ancienne route de Doué. L'armée qui devait attaquer l'ennemi était composée de 2700 hommes d'infanterie et de 300 de cavalerie. Le général Salomon commandait la cavalerie et le général Roussin l'infanterie. [...]
A peine la cavalerie fut-elle répandue autour des murs de Doué que le feu des rebelles commença avec vigueur. Le général Roussin fit alors avancer à pas de charge mille hommes d'infanterie composant l'avant garde, et les dospersa lui-même  en tirailleurs à droite et à gauche pour soutenir les 35e et 36e divisions de gendarmerie qui donnèrent l'exemple du courage. Les 4e, 5e et 15e bataillons de la formation d'Orléans les suivirent et marchèrent avec eux sur tous les  points de la ville de Doué. En moins d'une heure, l'ennemi fut débusqué de tous les postes, Doué fut pris, et l'armée des brigands en déroute jusqu'à Concoursus ; officiers, soldats, tous ont donné avec la même ardeur.
La ville de Doué fut fouillée jusque dans les caves, malgré les coups de fusils lancés de toutes parts, et particulièrement du clocher. Plus de 600 rebelles ont été tués, 50 furent faits prisonniers parmi lesquels se trouvent des chefs et des prêtres. Nous avons perdu 6 hommes dont 3 du 8e régiment de hussards. Nous ne trouvâmes dans Doué que des femmes qui firent à nos troupes l'accueil le plus hospitalier. Toutes les propriétés furent respectées, aucun désordre ne fut commis. Depuis 24 heures, le tocsin avait sonné dans les campagnes environnantes, et après avoir pris l'état nominatif de tous les citoyens qui venaient se réunir à nous, nous les avons invités à rentrer dans leurs foyers pour y achever leurs moissons, jusqu'au moment où par une mesure générale nous pourons employer plus utiliement leur ardeur pour la défense de la république.
SHD B 5/6-9. Lettre du général Rossignol au ministre de la Guerre Bouchotte, datée de Saumur le 5 août 1793

La liste des 50 prisonniers de Doué figure dans le registre de correspondance du général Rossignol numérisé et consultable sur le site des Archives départementales de la Vendée, (SHD B 5/107). Les lieux d'origine ont été vérifié autant que possible (dans un rayon d'une quarantaine de kilomètres autour d'Angers, aussi bien nord que sud Loire). Néanmoins certains lieux ont été impossible à localiser avec exactitude (ceux en italique).

 

La conjoncture est favorable : un énième acte déniché récemment faisant mention d'une infirmité et la fin de la semaine pour l'emploi des personnes handicapées. C'est l'occasion de s'interroger sur les sources historiques et généalogiques pour tout ce qui est handicap, infirmité.

Petite précision de vocabulaire. Le terme de handicap dans son acception actuelle est très récent : 1924. "Hand-in-the-cap" trouve son origine dans les courses de chevaux, durant lesquelles il s'agissait d'égaliser la valeur des objets misés par les parieurs, puis plus tard, de garantir l'égalité des chances en "handicapant" les meilleurs chevaux. Les handicapés ne sont pas ceux que l'on croit.

 

Le handicap a pour but d'égaliser les chances des concurrents, en équilibrant les poids de façon que le plus mauvais cheval ait autant de chances que le meilleur de gagner la course.
Dictionnaire Littré

Inutile de chercher le mot dans les archives modernes donc. Les sources parleront, le cas échéant, d'infirme et d'infirmité, avec plus ou moins de détails.

 

 
Tu iras ensuite au bois de Ville-Anglose, tu y verras Guitter, qu'on appelle Saint-Martin, tu lui diras d'avoir l'oeil sur un certain Courmesnil, qui est gendre du vieux Goupil de Préfeln et qui mène la jacobinière d'Argentan. Retiens bien tout. Je n'écris rien parce qu'il ne faut rien écrire. La Rouarie a écrit une liste ; cela a tout perdu. Tu iras ensuite au bois de Rougefeu où est Miélette qui saute par-dessus les ravins en s'arc-boutant sur une longue perche.
Victor Hugo, Quatrevingt-treize

C'est le Dictionnaire historique du Maine-et-Loire de Célestin Port, numérisé sur le site des Archives départementales du Maine-et-Loire, qui m'avait mis la puce à l'oreille.

Morannes. [...] La chouannerie fut active. La garde nationale et les troupes régulières s'y fortifièrent. Thomas Millière, commissaire du pouvoir exécutif auprès de l'administration cantonale, fut célèbre pour avoir fait fusiller sans jugement ceux qui lui était suspects, mais aussi pour avoir tiré de sa chambre sur les passants. Le 15 mai 1799, il fut surpris par Guittet, dit Saint-Martin, de St-Denis-d'Anjou, déguisé en sergent, qui le tua d'un coup de poignard (Grille, Notes... sur la Révolution, Paris, Charavay, 1847, pp. 40-44).
Dictionnaire historique du Maine-et-Loire

C'est un secret de polichinelle sur le net : le Loir-et-Cher débarque dans le cercle élargi des archives numérisées et des inventaires en ligne. Au menu du très bon, accessible notamment par un moteur de recherche global ou par communes :

  • l'état civil (collection du greffe). Attention, pour de nombreuses communes, la période 1793-1859 n'est pas encore numérisée et sera progressivement mise en ligne. Le + : les lots des registres paroissiaux sont par année (voire par 2 ans), très pratique et moins décourageant que des lots de 400 vues qui couvrent 30 ans... Et la possibilité d'avoir un lien permanent vers les images consultées,
  • les recensements de population,
  • les tables alphabétiques des registres matricules (une fois le sésame du numéro de matricule trouvé, il ne vous reste qu'à trouver un bénévole ou à faire la demande par courrier aux Archives contre frais de reproduction),
  • les plans du cadastre,
  • de l'iconographie,
  • les inventaires (accessibles par le moteur de recerche ou l'état des fonds),
  • et le reste du portail (actualités, expositions, fiches pratiques de recherche, informations pratiques).

A noter l'entrée par commune, qui récapitule les informations administratives (dont le canton, donc plus d'excuse si on ne trouve pas un mariage en l'an VII ou VIII...) et les ressources numérisées existantes.

Eglise de Rougeou

Fiche détaillée sur Rougeou