Petits Viêt-Nams (couverture), de Dominique Rolland

L'homme et sa fâcheuse habitude de parquer les autres, les différents. Je connaissais les camps de la Seconde Guerre mondiale, puis les noms de Rivesaltes et d'Argelès, les camps où ont été regroupés les harkis, le camp des Milles. Mais n'avais jamais entendu parlé des rapatriés d'Indochine. De Ðiện Biên Phủ oui, mais jamais des milliers d'évacués vers la métropole française.

Les femmes et les enfants. Ceux des Morts pour la France venus de toutes les terres alors françaises du globe. Ceux issus d'aventuriers partis tenter leur chance en Indochine, comme d'autres l'ont tenté en Amérique du Nord, du Sud ou de l'autre côté de la Méditerranée.

Ainsi se constitua le Cafi en 1956, Centre d'accueil des français d'Indochine, au fin fond du Lot-et-Garonne. Sainte-Livrade et son camp militaire, devenu camp des oublié(e)s : 1200 personnes, dont 700 enfants de moins de 14 ans. Les conditions de vie déplorables dans les baraquements, le gris, le dur labeur dans les champs pour compenser quand ce n'est pas juste remplacer la pension militaire, la dé ou mal scolarisation. Mais aussi l'adolescence, les bandes de copains, les sorties. Petit à petit se reconstruire un chez-soi, des repères, à défaut des racines coupées. Faire renaître les odeurs familières, l'autel des ancêtres, les baguettes d'encens. Et un jour quitter le camp, faire sa vie ailleurs, des études, quand ce n'est pas trop tard. Mais revenir l'été, retrouver la famille, les amis, la pagode et l'ambiance du camp. Et transmettre.

 

“La France, on en avait rêvé. Qu’y avait-il de plus désirable que la France ? Là-bas en Indochine, tout ce qui était beau, propre, enviable, riche, puissant s’appelait la France. [...] Oui, la France c'était tout ce blanc immaculé qui brillait dans le soleil et illuminait tout sur son passage.

Le blanc de la colonisation.“

Petits Viêt-Nams est un aller-retour entre là-bas et ici. Entre hier et aujourd'hui, et les trajectoires personnelles semblables, et différentes. Des fragments d'histoires métissées.

Et la mémoire dans tout ça ? Aujourd'hui certains vivent toujours là. Mais après cinquante ans d'abandon, le CAFI est en train d'être rasé: construction de logements HLM. Comment reloger ceux qu'on a oublié pendant des décennies, pourquoi si tard. Alors qu'elles ont plus de 80 ans. Et après, quand les bulldozers auront tout mis par terre : une plaque commémorative ? un nom de rue ? une exposition.

Les souffrances, les joies, les difficultés, ou le simple passage... Quelle trace laisser ?

Sources et lien

 

 

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