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"Archiviste maniaque"

Tu choisissais tes phrases phrases, récurées et polies, une à une, précises et asséchées, tu les saisissais comme on s’empare d’un livre sur une bibliothèque. D’ailleurs tu avais l’air d’un médecin ou d’une archiviste maniaque.

Lola Lafon, Nous sommes les oiseaux de passage de la tempête qui s’annonce, Babel, p. 83

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Cent ans de solitude

Racines...

Nous ne nous en irons pas, dit-elle. Nous resterons ici parce que c’est ici que nous avons eu un enfant. - Nous n’avons pas encore eu de mort, répliqua-t-il. On n’est de nulle part tant qu’on n’a pas un mort dessous la terre.

Gabriel Garcia Marquez, Cent ans de solitude, p. 24.

 

Tourmenté par la certitude qu’il était le frère de sa femme, Aureliano s’enfuit jusqu’au presbytère pour rechercher dans les archives suintantes et dévorées par les mites quelque indice authentique de sa filiation.
L’acte de baptême le plus ancien qu’il put trouver était celui d’Amaranta Buendia, baptisée en pleine adolescence par le père Nicanor Reyna, vers l’époque où celui-ci essayait de prouver l’existence de Dieu à l’aide de subterfuges au chocolat. Il en vint à se faire des illusions, pensant qu’il pouvait être l’un des dix-sept Aurelianos dont il rechercha les actes de naissance dans quatre tomes différents, mais les dates de baptême étaient trop reculées pour son âge.
Cent ans de solitude, Gabriel Garcia Marquez,p. 499

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Le Monde d'hier

Alors, le 28 juin 1914, retentit à Sarajevo ce coup de feu qui, en une seconde, fit voler en mille éclats comme un vase de terre creux, ce monde de la sécurité et de la raison créatrice dans lequel nous avions été élevé, dans lequel nous avions grandi, et où nous nous sentions chez nous.

Plus loin :

C’est ainsi que j’interrompis involontairement ma lecture quand soudain la musique se tut au milieu d’une mesure; Je ne savais pas quel morceau jouait l’orchestre de l’établissement de bains. Je sentis seulement que la musique avait cessé tout d’un coup. Instinctivement, je levai les yeux de mon livre. La foule qui se promenait entre les arbres comme une seule masse claire et flottante semblait elle aussi se transformer ; elle aussi interrompait subitement son va-et-vient. Il devait s’être passé quelque chose. Je me levai et vis que les musiciens quittaient leur kiosque. Cela aussi était singulier, car le concert durait d’ordinaire une heure ou plus. Il fallait que quelque événement eût provoqué cette interruption. En m’approchant, je remarquai que les gens se pressaient en groupes agités devant le kiosque à musique autour d’une communication qui, de toute évidence, venait d’y être affichée. C’était, comme je l’appris au bout de quelques minutes, la dépêche annonçant que Son altesse Ferdinand et son épouse, qui s’étaient rendus en Bosnie pour assister aux manoeuvres, y avaient été victimes d’un assassinat politique.

Passionnant Stefan Zweig, Le Monde d’hier, souvenir d’un européen.

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Les ouvrières dans l'industrie nantaise à la Belle Epoque (1890-1914)

Oui, avant la "Première Guerre mondiale qui a permis aux femmes de travailler".

Un jour, j'ai écrit un mémoire d'histoire sur Nantes, ses biscuiteries, ses filatures, ses conserveries alimentaires, sa manufacture de tabacs, et ses milliers d'ouvrières. Un jour j'ai découvert les archives, et passé des semaines en salle de lecture à compulser des dizaines et des dizaines de liasses, boîtes — soit dit en passent, sans jamais imaginer que je passerai un jour de l'autre côté de la banque d'accueil.

Il fut vaguement question à un moment de le reprendre pour le publier. 8 ans après, il est clair que je ne remettrai pas le nez dans ce travail... Il est déposé dans quelques services d'archives et bibliothèques universitaires, mais cela fait un moment que je songe à le diffuser aussi en ligne, histoire que ça serve un peu.

Les ouvrières dans l'industrie nantaise à la Belle Epoque, 1890-1914

Mémoire de master Histoire, 2006 - CC BY-NC-SA

 

Fédération des Sociétés Coopératives Ouvrières de Bretagne Usine de conserves alimentaires

 

Rapidement, en commençant mes recherches, j'ai ressenti le besoin de mettre des noms sur ces ouvrières — à cette même période, j'étais petit à petit contaminée par le virus généalogique. Alors j'ai identifié des rues populaires : rue du Marchix, rue de Saint-Similien, rue de Coulmiers, rue de la Havane, rue de la Montagne, rue de la Ville-en-Bois (ces deux dernières font partie de Chantenay). Et j'ai dépouillé les recensements de population de 1896 à 1911. Aujourd'hui les registres sont numérisés et consultables sur le site des Archives de Nantes. Au total une base de près de 2200 femmes, qui dormait gentillement sur mon disque dur depuis...

Recensement des ouvrières nantaises (CC BY-SA)

Fichier CSV - Fichier XLSX

 

Les fichiers sont loin d'être parfaits, il y a quelques erreurs de lecture sur les noms, les lieux de naissance — encore une fois, j'étais une newbie de la généalogie. Néanmoins, s'ils peuvent débloquer ne serait-ce qu'une seule personne, ce sera plus satisfaisant que de tomber dessus parfois sur mon D:/. Il est par ailleurs accessible sur Généanet.

 

Sources et liens

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Raccomodeur de porcelaine

"[Notre successeur archiviste] sera dans les conditions où nous nous trouvons nous-mêmes pour traiter les fonds de la période 1800-1940, obligés que nous sommes de passer notre temps à raccommoder la faïence ou plus noblement à faire de la reconstitution archéologique."

Gérard Naud, La Gazette des Archives, n°75, 4e trimestre 1971, p. 186-187.

Raccomodeur de porcelaine (E. Atget) 

 

Ce soir, je me sens comme la raccommodeuse en faïence croisée dans un rôle de la capitation de 1760. Soupir et béatitude.

 

Source

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