Petits Viêt-Nams (couverture), de Dominique Rolland

L'homme et sa fâcheuse habitude de parquer les autres, les différents. Je connaissais les camps de la Seconde Guerre mondiale, puis les noms de Rivesaltes et d'Argelès, les camps où ont été regroupés les harkis, le camp des Milles. Mais n'avais jamais entendu parlé des rapatriés d'Indochine. De Ðiện Biên Phủ oui, mais jamais des milliers d'évacués vers la métropole française.

Les femmes et les enfants. Ceux des Morts pour la France venus de toutes les terres alors françaises du globe. Ceux issus d'aventuriers partis tenter leur chance en Indochine, comme d'autres l'ont tenté en Amérique du Nord, du Sud ou de l'autre côté de la Méditerranée.

Isa avait tout juste 18 ans et toute la vie devant elle. La Mariotte s'enfonçait dans le bois des brumes. Et mes poumons balbutiaient leur premier souffle, à quelques encablures de la longère de François Bourgeon.

 

Les Passagers du vent, F. Bourgeon (tome 1)

 

Au milieu des quelques bédés familiales, les 5 tomes des Passagers du Vent. Isa perchée dans sa dunette. Et les Compagnons du Crépuscule et sa série ensorcelante. Douze mois et douze signes... Pas de série pour le nombre un... Rien avant... rien de plus.

Dictionnaire des noms de famille bretons, d'Albert Deshayes
 

Un livre très utile quand on a un peu de son ascendance en Bretagne bretonnante (parce que pour la partie gallo, ça ne marche pas Undecided). Ne baragouinant que quelques rares mots de breton, j'ai donc la joie de connaître enfin la signification de mes Le Rhun, Le Cleac'h, Le Gall (bon celui-ci, je savais), Le Coz, Le Flem, etc. Le dictionnaire est thématique : il y a les noms de guerriers, de saints, ceux liés au physique, ou encore ceux qui évoquent les animaux. Mais rassurez-vous, il y a un formidable index à la fin.

Florilège généalogique (non exhaustif), en commençant par mon patronyme... Vous ne serez pas déçu du voyage...

Bourdic : attesté en 1395 à Guérande. Forme diminutive de bourd : en panne (ça, c'est fait...). Tant qu'à rester dans les gentils qualificatifs, passons directement à Le Dévéhat : en retard, tardif, et donc par extension attardé, et à Le Gars : jars, et donc au sens figuré niais, sot. Rajoutons aussi Le Borgne, Le Cam (boiteux), Le Moigne (manchot), Le Folgoas (l'homme fou), Le Freillec (homme mince et fluet, ou homme qui marche en se dandinant), Le Goueff (flétri, fâné), Le Corre (le nain). Charmants les patronymes bretons non ?

 

Le Goût de l'archives, d'Arlette Farge

Extrait du quatrième de couverture. "Ce livre, qui puise son information dans les manuscrits du XVIIIe siècle, raconte le métier d'une historienne habitée par la passion des archives. Evidentes autant qu'énigmatiques, on peut tout faire dire aux archives, tout et le contraire, puisqu'elles parlent du réel sans jamais le découvrir. Le travail d'historien s'impose donc ici avec toute sa rigueur." Arlette Farge est historienne, spécialiste du XVIIIe siècle, directrice de recherche au CNRS et enseigne à l'EHESS.

Une rencontre sur le mode sensible entre l'historienne et l'archive, qui ne peut que faire sourire l'habitué des salles de lecture. Les rituels : les méandres de la consultation, différente d'un lieu à l'autre, "l'aisance caractéristique de ceux qui, depuis longtemps, sont entrés en connivence avec ce genre de tanières", le sentiment d'ouvrir une liasse apparemment peu consultée et qui renferme des instants de vie. Parfois, tomber sur un objet, insolite, des dessins griffonnés. Les habitués que l'on croise, jauge ou supporte, et ceux dont on aimerait secrètement savoir sur qui ils travaillent.

Puis vient le temps de la découverte, de l'analyse, de la critique de l'archive. Ne pas se laisser promener. Car "on peut tout faire dire à l'archive, tout et le contraire". Une véritable leçon de recherche, magnifiquement écrite. Un livre que j'aurai sans doute aimé découvrir dès ma première année de fac d'histoire, au côté des Douze leçons sur l'histoire, d'Antoine Prost.

A déguster sans modération.

FARGE (Arlette), Le Goût de l'archive, collection Points Histoire, éditions du Seuil, Paris, 1989, 156 pages.