Rares sont les actes de décès qui précisent les causes de mortalité (même si cela arrive : voir par exemple le blog du Cercle généalogique de Maisons-Alfort). Néanmoins, il existe parfois d'autres sources pour obtenir l'information. On pensera tout naturellement d'abord aux archives des hôpitaux (par exemple les archives numérisées de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris)... Mais pas seulement !

En consultant le registre d'inscription maritime de Jean Le Roux (1790-1832), je suis tombée sur l' "habituelle" et morbide croix au milieu de la page du matricule. Souvent, la marque est surmonté d'un "noyé". Mais cette fois-ci figurait une autre mention suivante : mort le 26 octobre 1832 du choléra.

Jean Le Roux, mort du choléra - SHD Lorient, 2 P 108

Le 20 octobre, le matelot de 43 ans était encore sur la Julie, armé pour la pêche. Peut-être faudrait-il jeter un oeil sur le devenir du reste de l'équipage. Naturellement, je me suis précipitée sur les autres membres de la famille, mais aucun n'est mort en 1832. On observe des pics de mortalité, notamment en 1831 et 1832, dans les registres de décès de la commune.

Les décès à Riantec, entre 1821 et 1846

La tentation est grande de passer au crible tous les décès de 1832 et de voir des cholériques partout. Une autre suspecte, Marie Penven, décédée à Plomeur le 9 décembre 1832, s'est avérée être en fait décédée... des suites de couches, à 35 ans.

En fouillant sur Gallica, et pour rester en Bretagne, je suis tombée sur cette fabuleuse étude médicale d'Henri Monod, Le choléra, histoire d'une épidémie, Finistère, 1885-1886. Le médecin suit de porte en porte et de malade en malade l'épidémie dans les communes touchées (voir les notices communales). Derrière les sujets d'étude anonymisés et "numérotés", il ne serait guère difficile de remettre des noms sur les individus, au risque de découvrir parmi ses ancêtres de fiéfés alcooliques !

Dès qu'il fut pris, le 9 novembre au matin, ses amis qui logaient près du port (maison n°57), loin des maisons atteintes, vinrent chercher les enfants, espérant, en les éloignant ainsi dès le début de la maladie, les préserver de la contagion. Ils les préservèrent en effet, mais le même jour, leur enfant à eux était frappé et mourait trois jours après, le 12 novembre [...]. Cet ami, ce marin, qui porte le n°99 et mourut le 9 novembre, était un ivrogne qui avait soigné et mis en bière un autre ivrogne, le n°95, atteint le 7 et mort le 8 novembre. A celui-ci, c'était sa femme, morte le 2 novembre (n°77), c'étaient ses deux enfants, morts l'un le 2, l'autre le 5 novembre, qui avaient transmis le mal. Enfin, sa femme avait été, non par compassion, mais dans l'espoir d'en tirer quelque profit, voir et soigner le n°33, une ivrognesse aussi sur laquelle je reviendrai tout à l'heure et qui, dans la seule ligne que nous venons de parcourir, a été la cause de 11 cas et de 7 décès.

Pour terminer, un petit extrait vidéo... du film Le Hussard sur le toit (1995), avec Olivier Martinez, mais sans Juliette Binoche.

 

Sources et liens

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