Cahier de doléances, plaintes, rémontrances des habitants de la paroisse de Morannes

Art. 1er

Situation du Bourg et paroisse de Morannes

Le Bourg de Morannes, et une partie de la paroisse, sis proche et régnant sur le bord de la rivière de Sarthe, souffre fréquemment du débordement de cette rivière, les grandes eaux qui se répandent sur les terres ensemencées dans la partie basse de la paroisse les rendent souvent sans produits. Une autre partie de la paroisse est un mauvais sol.

Prairies

La troisième partie est un sol médiocre. Il est vrai qu'il y a plusieurs prairies, mais celles qui produisent le plus de foin limitrophes de la rivière ne sont point d'une production certaine, fréquemment dans le tems que les foins sont bons à couper ou même coupés, le débordement des eaux les gâte, empesche qu'on les enleve et souvent les mettent dans un état à ne pouvoir estre mangés par les bestiaux.

Ces prairies divisées par portions non closes seulement limitées par des bornes, sont possedées et exploitées pour partie, par autres que les paroissiens de Morannes, elles font parties de la composition des metairies, closeries, etc. des paroisses circonvoisines, et ceux là qui ne sont pas habitants de la paroisse de Morannes ne contribuent point à la taille et autres impos que suporte cette paroisse.

Pâturage

Par un usage immemorial continué et suivi sans trouble, reconnu par des réglements authentiques et indivisés, la communautés des habitants de Morannes est fondée de faire pacager par ses bestiaux, ces prairies depuis les foins enlevés jusqu'au premier mars suivant.

Les habitants des paroisses circonvoisines n'ont aucun droit à ce pâturage ; le foin de leurs portions en ces mêmes prairies, est tout ce qui leur en appartient et tout ce qu'ils ont été dans l'usage d'y prendre.

Un arrêt obtenu sur réquête au Parlement par quelques propriétaires de portions de ces prairies vient d'interompre les paroissiens de Morannes dans ce droit de pâturage, les en privant pour quatre années. Cet arrêt obténu sous un pretexte spécieux, et qui ne l'a été qu'à la sollicitation d'un très petit nombre de propriétaires, mais dont deux par leur crédit et par leur puissance y sont aisément parvenu. L'opposition qui y a été formée par les paroissiens qui en souffrent a été sans succès , par la même cause, on ne peut obtenir d'audience.

La paroisse de Morannes en souffre néanmoins beaucoup, les cultivateurs de cette paroisse privés de ce pâcage pour leurs bestiaux, sont forcés pour y suppléer de laisser pour pâtures une partie de leurs terres qu'ils étoient dans l'usage d'ensemencer dans le tems qu'il jouissoient de ces droits de pâcage, d'où il résulte diminution de récolte etc.

Les étrangers c'est à dire ceux des paroisses circonvoisines qui n'avoient que le foin de leurs portions dans ces prairies, en prénant d'orénavant encore le regain qui eut servi de nourriture aux bestiaux de cette paroisse de Morannes, profitent encore de ce régain au préjudice de la dite paroisse et ne contribuent point au payement de la taille et autre impos qu'elle suporte, ce qui mont une double injustice.

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