Erreur de recopiage, ou étourderie, dès mes balbutiements généalogiques, j'ai été mise au parfum des risques : sur un arbre cousin figurait Jean Biguais, né en 1806, fils de François Biguais et Anne Berrou, mariés en 1830... Un petit bug qui a de sacrés répercussions tout de même : une filiation maternelle faussée ! En fait Jean est bien le fils de François, mais d'un précédent mariage. L'erreur boule de neige a été corrigée... aussi rapidement qu'elle s'était répandue. Pauvre Jean, il en a vu de toutes les couleurs. Voir plus bas.

 

I love databases

 

Les bases de données des associations (Geneabank, Bigenet, etc.), c'est très pratique lorsque les ancêtres ne se sont pas cantonnés à une seule commune / paroisse, et éventuellement les voisines. Sans base de données je ne sais pas comment j'aurais eu l'idée d'aller chercher à Nantes le mariage de deux normands.

Ces systèmes de bases de données marchent par système de points (trimestriels ou achetés). Aussi est-il souvent intéressant, autant pour économiser ces points si précieux que pour éviter de se noyer dans une masse de résultats, de réduire le périmètre géographique de recherches.

Exemple concret : lorsqu'on a cinq générations d'affilée dans le même coin, avec des patronymes bien du coin (en l'occurence le coin est bigouden), autant restreindre les recherches à ces seules communes et paroisses, plutôt que d'avoir un nombre élevé de réponses et de perdre des points. Et si on ne trouve pas le relevé, c'est qu'il y a une erreur, un oubli, une destruction. D'ailleurs, la mariée, Marie Nicolas, elle est là ! même âge, même commune. C'est elle, à coup sûr...

Sauf que le marié... est marin. Et les marins  servent dans la Royale, à Brest en l'occurence. En élargissant la recherche au maximum, on aurait donc trouvé le relevé d'un marin bigouden qui, au moment de son service, a épousé une demoiselle non pas originaire de la même commune que lui, mais de la presqu'île de Crozon. Pour faire un schéma géographique simple, le gars du sud a rencontré une fille du milieu qu'il a épousé au nord.

 

Le curé, l'agent municipal et le boulier

 

Vous l'aurez sans doute remarquer, passé 1850 (en remontant le temps), il faut de moins en moins compter sur l'âge des individus mentionné sur les actes et adopter une fourchette de plus ou moins 2 ans... voire 5... Voire s'arracher les cheveux, comme c'est le cas avec cet acte de mariage de 1814.

 

dame Margueritte Buron âgée de 55 ans [soit née en 1759]

née à Cour-Cheverny le 11 du mois d'octobre l'an 1749 mil sept cent quarante neuf [histoire d'insister] ».

Et tant qu'à faire, elle est décédée en 1836, « âgée de 67 ans » [soit née en 1769]. Autant dire que je n'ai toujours pas trouvé son acte de naissance.

Les erreurs de filiation ne sont pas l'apanage de quelques généanautes distraits. La source elle-même, l'acte d'état civil, induit parfois en erreur. En croisant les 3 actes généralement existants pour une personne, on arrive à quelques certitudes. Mais lorsqu'il en manque, notre exploration repose sur des sables mouvants. Longtemps j'ai cherché le mariage et la naissance de Geneviève George, épouse de Joseph Lespine. Douze enfants trouvés sans souci, mais aucune trace du mariage. Sur l'acte de décès, une filiation indiquée : fille de Nicolas et de Claudine Gorre, et un lieu... Le nom de la mère, quasi homonyme à celui de sa belle-mère, aurait du me mettre la puce à l'oreille, mais non, quête vaine pendant 3 ans... Jusqu'à une mise à jour de base de données (toujours elle).Geneviève n'était pas la fille de sa (belle) mère, mais d'Anne Le Geay, rien à voir. Le mariage a eu lieu à une trentaine de kilomètres des recherches initiales, de surcroît de l'autre côté de la Loire (frontière un peu psychologique).

 

Les érudits locaux et les historiens racontent parfois des histoires (surtout au XIXème siècle)

 

Errare humanum est. Et les érudits et les historiens ne sont pas épargnés, loin de là !

Retour à notre cher Jean Biguais, toujours né en 1806 (ça, c'est certain, j'ai l'acte)... encore fallait-il dénicher le lieu. Jean fait partie d'une lignée de douaniers venus s'implanter dans le sud Finistère à la fin du XVIIIème - début XIXème siècle. Deux articles très intéressant concernant ces familles Biguais, Angot, Bourligueux, etc. ont notamment été publiés dans feu la revue Cap Caval. Jean Biguais, né à Plouhinec en 1806, fastoche. Plouhinec, Morbihan, dixit l'article. En réalité il s'agissait de Plouhinec, Finistère... beaucoup plus près.

L'avantage d'avoir dans sa généalogie des nobliaux, même de seconde zone, c'est qu'il y a souvent pas mal d'informations à aller chercher dans les sources imprimées (suivez mon regard : Gallica, Google Books, etc.). Naturellement quand ils n'ont pas été oubliés dans les généalogies familiales du XIXème siècle, c'est encore mieux. Néanmoins ces sources sont elles aussi à prendre avec d'énormes pincettes.

 

Bulletin de la Société des antiquaires de Normandie, 1936. Ca fait sérieux comme titre, n'est-ce pas ?

 

Charles, sieur des Granges […], né en 1627, épousa en 1653 une jeune fille de Rouen, Marie du Crocq, dont le père possédait aux environs deux propriétés […]

Les époux Gallery des Granges décédèrent à Domfront vers 1718-1720. Le partage de leurs successions eut lieu, pour les biens du père, par acte sous seing privé du 20 avril 1719, et, pour ceux de la mère, les 16 et 18 juillet 1721. (page 376).

Je vois d'ici poindre un semblant de jalousie. Trop bien dites-vous ! Oui, Charles est décédé le 1er juin 1718, et enterré dans l'église Notre Dame de Saint-Front (actuel Domfront).

Marie... ah... (une charmante histoire d'homonymie et louche affaire de famille... à suivre [1]).

 

Le XIIIe jour de 7bre 1679 a esté inhumé dans leglise nostre dame le corps de feu damoiselle marie du crocq femme de Charle Gallery ecuyer sieur des granges décedée le jour d'hier.

Je suppose qu'en 1936 les antiquaires n'ont pas eu le droit au registre numérisé dont la moitié des pages sont tournées de 180°, alors ils auraient pu faire un effort pour la postérité... Histoire d'enfoncer le clou j'ai tenté par bénévole interposé de trouver l'inventaire après décès... chou blanc.

Actes notariés mentionnés, datés, localisés... mais pas trouvés. Filiations erronées. Et c'est sans compter les historiens qui ne mentionnent aucune cote (où est le bouton J'aime !).

 

Famille, je vous haime [2]

 

Secrets de famille, fausses pistes, divagations mémorielles, vérités déformées. Les légendes familiales, si elles sont rarement totalement exacte, n'en sont pas moins fondées. Et jusqu'à présent j'ai pu vérifié la plupart des histoires. Quoique mon propre grand-père  solognot m'ait plus ou moins envoyé à Saint-Nazaire "non"-cherché son baptême, "parce que de toute façon, tu le trouveras pas, l'église a été bombardée". Certes, mais l'évêché avait un double eh eh... Enfin pas de double en l'occurence parce que le baptême n'a jamais eu lieu à Saint-Nazaire. Par contre, son parrain tenait un café à l'embouchure de la Loire... Généralement j'adore ce téléphone arabe généalogique, malgré les distorsions et la façon dont les gens s'arrangent avec la réalité, ou la déforme. Remonter à la source de ce qui a été enjolivé et déformé agrémente les recherches.

Mais bon il faut l'avouer, il y a aussi des cas où c'est totalement farfelu et un cul-de-sac généalogique. Voire un piège ! (n'est-ce pas Sophie ?)

 

Conclusion : dubito ergo sum

 

Les erreurs, quelles qu'elles soient, nous guettent à chaque coin de branche.  Et toute recherche est parsemée d'embûches... Croiser les sources, quoi de plus sûr. De là à faire parfois la généalogie d'une erreur. Car en ce qui concerne les sources imprimées du XIXème siècle, les dates, mêmes approximatives, viennent bien de quelque part !

 

[1] Il y aura article prochainement, à la suite d'une formidable découverte (et imbroglio qui s'en suit) faite grâce à mistike en vadrouille généalogique à travers la France.

[2] Ce paragraphe ne faisait pas partie de la première mouture. Oubli signalé par La Gazette des ancêtres que je m'empresse de réparer.

 

 

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