Ainsi signent-elles...

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signatures article lecoqLa lecture de l'article "Patriarcat patronymique" de Titiou Lecoq est l'occasion de publier un article qui traine dans ma tête depuis des années : le nom par lequel les femmes signent. 
La signature est souvent utilisée en généalogie pour illustrer la fiche d'un individu, surtout lorsqu'on remonte le temps et que les photographies font défaut. Malheureusement, plus on grimpe dans les branches, moins elles sont nombreuses à potentiellement signer, alors même qu'on déniche côté mari, frères, père, parrain, quelques griffes tracées d'une main plus ou moins assurée. Sur les 205 signatures collectées jusqu'à présent, un tiers seulement concerne des aïeules. On voit bien dans l'éventail généalogique ci-dessous qu'on a généralement une ou deux générations d'hommes qui signent avant la disparition des marques au bas des actes.
signatures eventail
La quête des signatures féminines est d'autant plus ardue que les occasions de voir leur griffe dans les sources généalogiques "classiques" sont peu nombreuses : leur mariage et... c'est à peu près tout, puisqu'elles ne sont pas censées, au XIXe siècle, être témoins ou déclarantes dans un acte. La déclaration de naissance est donc faite par un homme ; lorsqu'une sage-femme apparaît, elle est accompagnée de deux déclarants masculins.
Modèle d'acte de naissance
Si par hasard elles apprennent à signer sur le tard, comme j'ai pu le constater chez certains hommes, elles n'ont donc même pas le loisir de nous le révéler au bas des actes de naissance des enfants ! Bref, entre le XIXe siècle où elles sont légalement exclue des actes et l'Ancien Régime où le taux de signature se réduit comme peau de chagrin chez les hommes comme chez les femmes, il faut traquer leur présence (lors des mariages des enfants), les marraines et/ou s'orienter vers dans d'autres sources, notariales par exemple...
La doyenne des signantes trouvées jusqu'alors est Perrine Préau (sosa 4799, 13e génération), qui signe au bas de l'acte de son mariage avec Jean Hourdry en 1652 (Morannes, Maine-et-Loire).

 

Les femmes signent rarement, mais sous quel nom signent-elles ? Pour les raisons sus-dites, j'ai dans l'immédiat très peu de signature de femmes en dehors de leur mariage, et lorsqu'elles existent, c'est souvent à l'occasion de remariage. Anaïs Meneau (1875-1950) signe toujours Meneau lors de second mariage en 1914 (Paris)... mais il aurait été malvenue que la divorcée signe du nom de son premier époux qu'elle a quitté !
Dans une autre branche, un peu plus aisée, Désirée Renaud (1834-1926) illustre parfaitement la tradition bourgeoise, devenue coutume nationale, qu'ont les femmes de prendre le nom de l'époux. Elle signe "femme Lépine", du nom de son capitaine de mari, le jour-même de son mariage (1854, Arzon, Morbihan) !
75 renaud sign
Sa mère Jacquette Gallery (1809-1857) signe, au bas de ce même acte "Renaud née Gallery".
Ma préférée reste Marie Josèphe Allaniou (1777-1834) - mère de Jacquette, grand-mère de Désirée Renaud - qui ne signe pas à son premier mariage (1797), signe "veuve Bordenaire" (du nom de son défunt mari) au second mariage (1805), puis "Marie Joseph Allanio femme Gallerey" lors du mariage de sa fille en 1824 (Sarzeau et Arzon, Morbihan).
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Quant à Geneviève George, J'ai traqué Geneviève Georges (1752-1829) (voir l'article sur le blog), qui signe beaucoup jusqu'à son mariage, je ne l'ai plus trouvé par la suite au bas des actes. Est-elle restée "Geneviève Georges", ou devenue Geneviève "femme Lespine" ?
À rebours de tout ce que je viens de raconter, une étrange épidémie de philogynie patronymique semble frapper les hommes de Mur-de-Sologne au début du XXe siècle... En 1913, mon aïeul Désiré Mariton, époux Jaclain, et son beau-frère Arthur Jaclain, époux Bouquin, déclarent le décès de leur belle-mère et mère Henriette Lemaire (1841-1913) en signant de leur nom accolé de celui de leur épouse !
signatures_mariton_jaclain.jpg

Sources et liens

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