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Il y a 150 ans : la Commune de Paris

damnes commune t2 couvertureParmi les plaisirs et les curiosités de la quête généalogique, il y a la rencontre entre la grande Histoire et les petites, celles des parcours individuels et familiaux, les frottements et les impacts de l’une sur les autres.

Dès le début de mes recherches, des bribes d’histoires transmis par mes grands-parents ont dessiné les contours des certains évènements : Seconde Guerre mondiale, Première Guerre mondiale… Mais quid d’avant, dans ce long et passionnant XIXe siècle ? Étonnamment, j’en sais plus jusqu’ici sur la présence de deux ancêtres dans les troupes françaises qui prennent part à la guerre d’indépendance américaine que sur des épisodes historiques plus proches.

Alors en cette période de commémoration de la Commune de Paris, l’envie d’en savoir un peu plus (au-delà du rafraîchissement des très vagues cours de fac d'histoire sur le sujet) me titille... Pour commencer, rien de tel qu'un magnifique roman graphique : Les Damnés de la Commune (un régal pour l’archiviste généalogiste que je suis et pour les yeux).

 

 

Avoir des ancêtres parisiens n'est pas tous les jours faciles (état civil en partie détruit, métropole, etc.), mais on peut se consoler en se disant qu'ils ont peut-être vécu de quelques sacrés trucs...

L’ascendance de mon arrière-arrière-grand mère Anaïs Meneau (1874-1950), est faite d’un savant mélange de parisiens plus ou moins anciens, d’auvergnats vendeurs aux halles (des vrais, d’avant et pendant Baltard), de gens de l’Oise, d’artisans manchois. Bref du parisien pur jus, fait de gens venus de partout s’enraciner au coeur de Paris – avant de s’éloigner vers les arrondissements périphériques à la fin du siècle. Populaire, mais plutôt artisans et tout petit commerçants qu’ouvrier.

Autant poser les choses directement : il n’y a aucune transmission familiale de l’histoire de cette branche parisienne, tout simplement parce qu’il y a eu quasi rupture entre Anaïs et sa descendance. C'est avec grand plaisir que j'ai la chance d'avoir découvert, via Geneanet, une cousine de cette branche qui m'a transmis quelques documents précieux (à commencer par des photos, notamment d'Annette Burande, la mère d'Anaïs). 

1870-1871. Années terribles. Le Siège de Paris par les armées prussiennes (19 septembre 1870 – 28 janvier 1871), le froid glacial, la faim et les bombardements. Puis on enchaîne avec un autre siège, celui de la Commune de Paris (18 mars 1871 – 28 mai 1871) par l’armée de Versailles et de Thiers.

Une certitude : Annette, Aristide, Anne et les autres vivent à Paris pendant tout cette période. Petit tour d'horizon, du côté des halles :

Annette Burande (1853-1916) d’abord, la mère d’Anaïs. Elle fête ses 18 ans en plein siège de Paris, sous les bombes. Trois jours avant son frère presque jumeau Etienne (1854-1919) a eu 17 ans. Leur petite sœur Jeannette fêtera ses 15 ans pendant la Commune (1856-1931). Leur sœur aînée Anne (1846-1883) est déjà mariée avec Pierre Beuvelet (1829-1874). Ils ont deux enfants en bas-âge, dont le petit dernier, Louis Victor, né en octobre 1870.

Anne Malié (1823-1899), mère d'Annette, est veuve d’Antoine Burande depuis plus de 10 ans. Elle travaille aux halles comme ses enfants et gendre : plutôt vendeuses côté femmes, et porteur et fort des halles pour les hommes.

A priori, ils ne vivent plus rive gauche (rue des Anglais, rue Saint-Jean-de-Beauvais) mais bien dans le ventre de Paris, autour des Halles, rue de la Lingerie pour les Beuvelet, peut-être déjà rue Pirouette pour Anne Malié, veuve Burande. Il y a fort à parier qu’Annette, Etienne et Jeannette, non mariés, habitent avec leur mère, comme cela sera le cas plus tard, lorsqu’Annette sera une jeune mère veuve.

Dans mon ascendance directe, la famille est surtout féminine dans ces années 1870-1871 :

  • Annette Burande (18 ans), [marchande aux halles]
  • sa mère Anne Malié (48 ans), [marchande aux halles], veuve, 3 enfants ados
  • Marie Madeuf (75 ans), grand-mère paternelle, [sans profession], mariée
  • Jeanne Debraye (74 ans), grand-mère maternelle, [marchande aux halles], veuve

Un seul homme dans cette branche : Germain Burande (1795-1873), un bon vieillard de plus de 75 ans, époux de Marie Madeuf. C’est lui qui a tenté l’aventure parisienne avec son épouse Marie Madeuf et ses quatre enfants dans les années 1830 (ou tout début 1840).

L'autre homme, c'est Aristide Charles Meneau (1851-1878), futur époux, en 1874, d’Annette Burande. Mais ça sera « après » ; il sera mécanicien. Aristide n’a pas n’importe quel âge dans ces années 1870-1871 : il a 20 ans en 1871. L'âge de la conscription. C’est par lui qu’il faut je tâche d'éclaircir le brouillard de cette période... J'ai bien sa mention dans le registre du recrutement militaire. En 1871, il est mécanicien et fils unique de veuve. Il habite rue Saint-Maur (numéro 138), en plein coeur de Belleville, à 10 minutes à pied des Folies Belleville, à côté desquelles j'ai habité, moi aussi, comme l'auteur des Damnés de la Commune et Gilbert Lavalette...

Il est brun, fait 165 cm et sait lire et écrire. Bon pour le service, il est affecté au régiment de ligne de Beauvais, matricule 339. Mais à quelle date exactement la classe est-elle appelée ? En 1870 ou 1871, ça compte... Il est réformé dès le 7 septembre 1871, congé n°2, c'est-à-dire pour infirmités ou blessures non imputables au service... Aristide mourra très jeune, à 27 ans. Serait-ce lié ? Un début de piste ?

 

meneau aristide matricule 

Sa mère Antoinette Esnée (1828-1874) est toujours vivante pendant la Commune. Elle est bijoutière et habite tout en haut de Belleville, près des Buttes-Chaumont. Le 10 rue du Plateau (point rouge approximatif ci-dessous) est à moins de 5 minutes à pied de la rue Rébeval, où se réunit le Comité de défense de Belleville. Il faudra lui raconter un jour, au p'tit-p'tit-p'tit fillot d'Antoinette, que sur son terrain de jeux, qu'il a bien reconnu dans le livre, aujourd'hui il y a 150 ans, la garde nationale parisienne et les habitants ont empêché qu'on leur retire leurs canons, et que des soldats ont mis la crosse en l'air.

 

buttes 1871 meyssan

Un jour je finirai bien par retourner aux Archives faire des recherches…

 

Quelques liens pense-bête et bien sûr non exhaustifs

 

edit du 18.03.2021 : pépites de fonds des Archives nationales...

 

 

 

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