tablettes_rennaises_ms619_bg.jpg

Archives du Nord, de Marguerite Yourcenar

Les fils de la toile d'araignée où nous sommes tous pris sont bien minces : ce dimanche de mai, Michel-Charles [Cleenewerck de Crayencour, grand-père de l'auteur] faillit perdre, ou se voir épargner, les 44 ans qui lui restaient à vivre. En même temps, ses trois enfants, et leurs descendants, dont je suis, coururent de fort près la chance qui consiste à ne pas être. [...] L'image qui surnage pour moi de ce désastre du temps de Louis-Philippe n'en est pas moins celle d'un garçon de vingt ans fonçant la tête la première à travers une brèche, aveugle et sanglant comme au jour de sa naissance, portant dans ses couilles sa lignée.

Marguerite Yourcenar, Archives du Nord, éditions Gallimard, p.115-116.

 

A. Provost - Versailles - Railroad Disaster.jpg

« A. Provost - Versailles - Railroad Disaster » par A. Provost (1834-1855) — via Wikimedia Commons.

 

Si L'Oeuvre au noir est à mes yeux LE récit historique, Archives du Nord s'avère, dès les premières pages, être LE récit généalogique (et historique, bien sûr) : je m'y replonge immédiatement. Sur la catastrophe ferroviaire de Meudon : Wikipédia et Récit historique par un témoin oculaire (Gallica)

Imprimer E-mail

ces généalogistes suspects...

[…] ce n’est pas d’après la date qu’il y a lieu de classer les copies d’un document, mais d’après le degré d’autorité que leur donne le plus ou moins de soin avec lequel elles ont été exécutées. Une copie de Mabillon ou de Baluze, par exemple, devra toujours être présumée plus correcte qu’une copie authentique et lui être préférée pour l’établissement d’un texte, quelle que soit du reste la date de la copie authentique. Il en serait autrement d’une copie qui serait l’oeuvre d’un de ces généalogistes suspects comme il y en a eu toujours en si grand nombre.

Giry, Manuel de diplomatique, éd. 1925, p. 27. Consultable sur Gallica

Imprimer E-mail

"Archiviste maniaque"

Tu choisissais tes phrases phrases, récurées et polies, une à une, précises et asséchées, tu les saisissais comme on s’empare d’un livre sur une bibliothèque. D’ailleurs tu avais l’air d’un médecin ou d’une archiviste maniaque.

Lola Lafon, Nous sommes les oiseaux de passage de la tempête qui s’annonce, Babel, p. 83

Imprimer E-mail

Cent ans de solitude

Racines...

Nous ne nous en irons pas, dit-elle. Nous resterons ici parce que c’est ici que nous avons eu un enfant. - Nous n’avons pas encore eu de mort, répliqua-t-il. On n’est de nulle part tant qu’on n’a pas un mort dessous la terre.

Gabriel Garcia Marquez, Cent ans de solitude, p. 24.

 

Tourmenté par la certitude qu’il était le frère de sa femme, Aureliano s’enfuit jusqu’au presbytère pour rechercher dans les archives suintantes et dévorées par les mites quelque indice authentique de sa filiation.
L’acte de baptême le plus ancien qu’il put trouver était celui d’Amaranta Buendia, baptisée en pleine adolescence par le père Nicanor Reyna, vers l’époque où celui-ci essayait de prouver l’existence de Dieu à l’aide de subterfuges au chocolat. Il en vint à se faire des illusions, pensant qu’il pouvait être l’un des dix-sept Aurelianos dont il rechercha les actes de naissance dans quatre tomes différents, mais les dates de baptême étaient trop reculées pour son âge.
Cent ans de solitude, Gabriel Garcia Marquez,p. 499

Imprimer E-mail

Le Monde d'hier

Alors, le 28 juin 1914, retentit à Sarajevo ce coup de feu qui, en une seconde, fit voler en mille éclats comme un vase de terre creux, ce monde de la sécurité et de la raison créatrice dans lequel nous avions été élevé, dans lequel nous avions grandi, et où nous nous sentions chez nous.

Plus loin :

C’est ainsi que j’interrompis involontairement ma lecture quand soudain la musique se tut au milieu d’une mesure; Je ne savais pas quel morceau jouait l’orchestre de l’établissement de bains. Je sentis seulement que la musique avait cessé tout d’un coup. Instinctivement, je levai les yeux de mon livre. La foule qui se promenait entre les arbres comme une seule masse claire et flottante semblait elle aussi se transformer ; elle aussi interrompait subitement son va-et-vient. Il devait s’être passé quelque chose. Je me levai et vis que les musiciens quittaient leur kiosque. Cela aussi était singulier, car le concert durait d’ordinaire une heure ou plus. Il fallait que quelque événement eût provoqué cette interruption. En m’approchant, je remarquai que les gens se pressaient en groupes agités devant le kiosque à musique autour d’une communication qui, de toute évidence, venait d’y être affichée. C’était, comme je l’appris au bout de quelques minutes, la dépêche annonçant que Son altesse Ferdinand et son épouse, qui s’étaient rendus en Bosnie pour assister aux manoeuvres, y avaient été victimes d’un assassinat politique.

Passionnant Stefan Zweig, Le Monde d’hier, souvenir d’un européen.

Imprimer E-mail

tablettes_rennaises_ms619_bg.jpg