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Croire aux fantômes

Aux archives, on a l'habitude des fantômes. Nous les créons, habillés de couleurs inhabituelles. Nous les traquons, au milieu des liasses, des épis et des boîtes noires. Nous les recensons, afin de n'en perdre aucun. Nous les multiplions, pour ensuite mieux les faire disparaître, une fois les documents revenus. Nos fantômes sont rarement blancs, ils sont roses, verts, voire même illustrés. Parfois même ils nous échappent, et commence alors une terrible chasse. Le quotidien de l'archiviste est peuplé de fantômes[1]...
 
Le généalogiste également est familier des fantômes, d'un autre type. Une armée de disparus, surgie du passé et patiemment reconstituée, en remontant les fils (certes, les pères, mais en tirant les fils).
 

Fantôme d'archives

 

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1749, une année, deux villes

Les cloches de l'église Saint-Similien dansent à tue-tête. Il fait froid en ce 28 octobre, mais beau. Robert le blond écuyer (cliché totalement arbitraire de le qualifier de blond parce que normand, mais allons-y) se marie.
 
"Ce n'est pas trop tôt", bougonnerait son père.
S'il était encore parmi eux. Mais le vieux guerrier a rendu les armes depuis longtemps déjà, sept ans après le soleil pour lequel il a guerroyé jusqu'en Flandres.
 

[Port de Nantes], estampe d'Auguste Lepère, [1906]. Cote NUM Lepere-454-gdf - permalien : NUM Lepere-454-gdf

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Du côté obscur de la généalogie

Non la généalogie ce n'est pas un toujours un beau roman, une belle histoire. S'agissant, entre bien autres choses, de la constitution d'une armée de trépassés, on se doute que ce n'est pas gai tous les jours... La généalogie, c'est même parfois carrément glauque, si l'on réfléchit deux secondes à la condition des femmes.
 
Ils se marièrent...
Pas toujours en blanc, il faut bien l'avouer. On sent parfois l'empressement poindre sous la robe de la mariée. Il suffit de compter sur ses doigts : un, deux, trois... six et des brouettes, ah, il était temps !
Mariages donc. Quelques petites statistiques d'ascendance :
 
  • Côté époux
    • 1801-1900 : 30,1 ans (sur 128 individus). Le plus jeune 17 ans, le plus âgé 63 ans. Âge médian 27,5 ans
    • 1701-1800 : 28,2 ans (sur 2037 individus). Le plus jeune a 14 ans, le plus âgé 66 ans. Âge médian 26,5 ans
  • Côté épouse
    • 1801-1900 : 26,9 ans (sur 128 individus). La plus jeune 16 ans, la plus âgée 65 ans. Âge médian : 23,5 ans.
    • 1701-1800 : 24,8 ans (1826 individus). La plus jeune 12 ans, la plus âgée 65 ans. Âge médian : un tout petit peu plus de 23 ans.
 
Et c'est là que le glauque entre en scène.

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Doué-la-Fontaine, 5 août 1793

Au milieu du registre de correspondance du général républicain Jean Antoine Rossignol, un patronyme familié trouvé parmi des prisonniers blancs... Coincée entre Cholet et Saumur, Doué-la-Fontaine change de mains. Les troupes républicaines du général Leygonier occupent la place entre avril et mai 1793, puis les Vendéens reprennent la ville. Jusqu'au 5 août 1793 : les bleus reprennent la ville. 600 tués selon la correspondance du général Rossignol, et 50 hommes prisonniers, parmi lesquels un certain  François Guitere, de Miray.
 
 
Fatigués des bruits qui se répandaient que l'armée des brigands marchait sur Saumur, et instruits que depuis trois jours ils ravagaient les campagnes voisines, nous avons voulu par un coup d'éclat sortir de cette inquiétude propre à décourager et le soldat et l'habitant des campagnes. Nous sommes partis aujourd'hui 5 [août] à 3 heures du matin, au nombre de 3000 hommes, bien déterminés à attaquer l'ennemi qui depuis trois jours, occupait des postes à deux lieues et demie de Saumur. Santerre fut chargé de garder avec 8000 hommes les hauteurs de Bornan et d'éclairer le chemin de Montreuil [Bellay] et l'ancienne route de Doué. L'armée qui devait attaquer l'ennemi était composée de 2700 hommes d'infanterie et de 300 de cavalerie. Le général Salomon commandait la cavalerie et le général Roussin l'infanterie. [...]
A peine la cavalerie fut-elle répandue autour des murs de Doué que le feu des rebelles commença avec vigueur. Le général Roussin fit alors avancer à pas de charge mille hommes d'infanterie composant l'avant garde, et les dospersa lui-même  en tirailleurs à droite et à gauche pour soutenir les 35e et 36e divisions de gendarmerie qui donnèrent l'exemple du courage. Les 4e, 5e et 15e bataillons de la formation d'Orléans les suivirent et marchèrent avec eux sur tous les  points de la ville de Doué. En moins d'une heure, l'ennemi fut débusqué de tous les postes, Doué fut pris, et l'armée des brigands en déroute jusqu'à Concoursus ; officiers, soldats, tous ont donné avec la même ardeur.
La ville de Doué fut fouillée jusque dans les caves, malgré les coups de fusils lancés de toutes parts, et particulièrement du clocher. Plus de 600 rebelles ont été tués, 50 furent faits prisonniers parmi lesquels se trouvent des chefs et des prêtres. Nous avons perdu 6 hommes dont 3 du 8e régiment de hussards. Nous ne trouvâmes dans Doué que des femmes qui firent à nos troupes l'accueil le plus hospitalier. Toutes les propriétés furent respectées, aucun désordre ne fut commis. Depuis 24 heures, le tocsin avait sonné dans les campagnes environnantes, et après avoir pris l'état nominatif de tous les citoyens qui venaient se réunir à nous, nous les avons invités à rentrer dans leurs foyers pour y achever leurs moissons, jusqu'au moment où par une mesure générale nous pourons employer plus utiliement leur ardeur pour la défense de la république.
SHD B 5/6-9. Lettre du général Rossignol au ministre de la Guerre Bouchotte, datée de Saumur le 5 août 1793

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